Dans le bassin cacaoyer ouest-africain, le Swollen Shoot est une pathologie majeure qui affecte les plantations. Si la maladie n’a pas encore de remède, le Ghana et la Côte d’Ivoire multiplient les efforts pour la contenir.

En Afrique de l’Ouest, l’heure est à l’union sacrée face à la maladie du Swollen Shoot, qui se manifeste par un gonflement des tiges et la perte des feuilles de cacaoyer. Le Ghana et la Côte d’Ivoire, les deux plus gros producteurs mondiaux de la fève, ont adopté une stratégie commune de lutte lors d’un atelier organisé les 14 et 15 avril à Abidjan par l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire Ghana (ICCIG).

S’étendant sur la période 2026-2031, cette feuille de route entérinée en présence des représentants du Conseil du Café Cacao (CCC) et du Cocobod prévoit 5 volets d’intervention. Il s’agit de la réhabilitation des plantations touchées, du renforcement de la surveillance et du suivi phytosanitaire, de la mise à jour de la cartographie des zones infectées, de l’intensification de la sensibilisation des producteurs et du développement de variétés résistantes via une recherche conjointe.

« Le Swollen Shoot n’est pas qu’un défi national, mais plutôt régional. Il nécessite une action collective et harmonisée ainsi qu’un engagement à long terme de la part de tous les partenaires pour préserver l’avenir du cacao », a indiqué Alex Assanvo, sécrétaire exécutif de l’ICCIG.

Une menace commune

Si les deux pays jouent la carte de la collaboration, c’est parce que la maladie donne des sueurs froides aux acteurs de la filière de part et d’autre des frontières. Apparu dans les années 1920 dans la région, le virus Swollen Shoot transmis par les cochenilles provoque une chute des rendements pouvant atteindre 25% en première année et 50% la deuxième année, avant de conduire à la mort de l’arbre après quelques années.

Depuis une décennie, la maladie incurable a gagné du terrain dans plusieurs zones cacaoyères de production au Ghana et en Côte d’Ivoire. Dans le premier pays, le Cocobod estimait à 500 000 hectares la surface contaminée en 2024, soit environ 26% des 1,94 million d’hectares cultivés, avec une concentration alarmante dans la région du NordOuest, troisième plus grosse contributrice à la récolte nationale.

NewsletterMa Tribune

L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

S’inscrireS’inscrireS’inscrireIllustration de la newsletter Ma Tribune

En Côte d’Ivoire, le Département américain de l’agriculture (USDA) a estimé que le virus est présent dans 11 des 13 principales régions cacaoyères, même si la superficie exacte infectée reste difficile à quantifier avec précision.

Des réponses jusqu’ici individuelles

Depuis plusieurs années, chacun des deux pays a engagé, à son niveau, des programmes d’éradication et de réhabilitation des vergers infectés. En Côte d’Ivoire, le CCC a mis en œuvre, depuis 2018, un vaste plan d’arrachage et de replantation des plantations contaminées, présenté comme l’un des plus ambitieux jamais lancés dans le pays. Un premier programme, doté d’un investissement d’environ 34 milliards FCFA (environ 51,8 millions d’euros) a permis de traiter environ 105 000 hectares grâce à un déploiement intensif des équipes sur le terrain.

Fort de ce bilan, le CCC avait annoncé un projet d’arrachage de 70 000 hectares supplémentaires qui devait s’achever en 2023, et dont le bilan officiel n’est pas encore disponible. Au Ghana, le Cocobod a opté pour une stratégie similaire, combinant arrachage, replantation et soutien financier aux producteurs affectés.

En février 2024, l’institution a annoncé un programme de 133 millions USD (environ 113,4 millions d’euros) pour renouveler les plantations touchées par le swollen shoot, financé en partie par un prêt de la Banque africaine de développement (BAD). Le régulateur estimait aussi à 2 milliards USD (environ 1,7 milliard d’euros) les besoins financiers pour réhabiliter toutes les plantations de cacao affectées par le Swollen Shoot.

D’une manière plus globale, les observateurs estiment que cette approche commune annoncée ouvre la voie à une meilleure coordination des protocoles de lutte, à des échanges de données harmonisés et à des programmes conjoints de recherche. Elle vient cimenter un peu plus la coopération des deux pays, qui se sont déjà accordés sur les questions de prix minimum et de revenu décent dans la filière.