Deux ans après le retrait de BNP Paribas, la banque, désormais détenue par un consortium public ivoirien et le véhicule d’investissement Brandon & McCain Capital, confirme son redressement.
La Banque internationale pour le commerce et l’industrie de la Côte d’Ivoire (BICICI) signe en 2025 la plus forte croissance de bénéfice du panel des neuf banques cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Son résultat net atteint 36,5 milliards de francs CFA (environ 55,6 millions d’euros), en progression de 39% sur un an, selon les états financiers publiés par la banque. C’est le deuxième exercice pleinement conduit sous le nouveau tour de table.
Pour mémoire, en février 2023, BNP Paribas et Proparco avaient cédé, pour 122 millions d’euros, leurs 67,49% du capital à un consortium composé de la Banque nationale d’investissement, de la Caisse nationale de prévoyance sociale, de la Caisse des dépôts et consignations et de l’IPS-CGRAE. Quelques mois plus tard, le groupe SUNU cédait à son tour ses 19,11% à Brandon & McCain Capital, véhicule fondé par Ahmed Cissé, président du patronat ivoirien et président du conseil d’administration de la banque depuis mai 2023.
La performance 2025 résulte d’un double effet : une hausse de 17% du produit net bancaire, portée par un portefeuille d’effets publics gonflé de 44%, et la récupération de créances antérieurement provisionnées — pour 2,3 millions d’euros — qui a allégé d’autant le coût du risque.
Derrière la BICICI, les autres banques d’Abidjan tiennent leur rang. La Société ivoirienne de banque, filiale du marocain Attijariwafa Bank, affiche un bénéfice en hausse de 11% à 84,8 millions d’euros. Ecobank Côte d’Ivoire progresse de 10% à 96,8 millions d’euros. La Société générale Côte d’Ivoire, de loin la première banque du panel par la taille du bilan (5,75 milliards d’euros), reste le leader incontesté avec 154,6 millions d’euros de bénéfice net — mais affiche une stabilité trompeuse (+0,1%). Sa direction a choisi de renforcer les provisions de 29 % pendant l’année électorale ivoirienne, pour préserver la solidité du bilan à moyen terme.
Les banques côtières devant, les sahéliennes au ralenti
Le tableau d’ensemble est moins homogène à mesure que l’on s’éloigne du golfe de Guinée. Les trois filiales de Bank of Africa implantées dans les pays du Sahel — Burkina Faso, Mali et Niger — cumulent à elles trois 46,8 millions d’euros de bénéfice en 2025, un montant inférieur à celui que la seule BICICI a dégagé à Abidjan.
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Chez BOA Burkina, le résultat net recule de 14 % sous l’effet d’un coût du risque qui a presque doublé, à 12,8 millions d’euros. La banque a préféré réduire de 19% son portefeuille de crédit à la clientèle et reporter ses liquidités vers le marché interbancaire, jugé moins risqué dans un pays confronté à une insécurité persistante.
BOA Mali, malgré un contexte politique de transition, redresse son bénéfice de 21% à 16,9 millions d’euros grâce à un coût du risque ramené à 7 millions d’euros, contre 11,1 millions un an plus tôt.
Le cas le plus préoccupant reste celui de BOA Niger. La filiale nigérienne, seule société nigérienne cotée à la BRVM, voit son bénéfice net s’effondrer à 623 500 euros, contre 7,6 millions un an plus tôt — une chute de 92%. Son rapport des commissaires aux comptes, signé à Niamey le 20 février 2026 par Nouhou Tari et Sirage Sani Bako, relève deux ratios prudentiels non respectés et des ajustements demandés par la Commission bancaire de l’UMOA que la banque n’a pas enregistrés, pour un montant total de 34,6 millions d’euros. Le directeur général, Mactar Diack, a évoqué dans le quotidien public Le Sahel « des tensions macroéconomiques, un ralentissement de l’activité et une dégradation de certains indicateurs du secteur ». Les actionnaires ne recevront aucun dividende au titre de 2025, contre 0,32 euro par action un an plus tôt.
Entre ces deux extrêmes, BOA Bénin et BOA Sénégal délivrent des exercices honorables : bénéfices en hausse respective de 2% et 10%, collecte des dépôts en progression, coefficients d’exploitation sous contrôle. La filiale béninoise se distingue toutefois par un coût du risque multiplié par 38 sur un an — de 189 000 euros à 7,2 millions d’euros — un ajustement que le marché devra suivre avec attention au prochain exercice.
Les actionnaires gagnants, sauf au Niger
Pris dans leur ensemble, les neuf établissements cotés affichent pour 2025 un bénéfice net agrégé de 502,6 millions d’euros, en hausse de 5,9%, pour un produit net bancaire cumulé de 1,25 milliard d’euros (+6,5%) et un total bilan de 19,3 milliards d’euros. Ces résultats traduisent un secteur bancaire régional qui accompagne la croissance de l’Union économique et monétaire ouest-africaine — attendue à 6,7% en 2025 par la BCEAO — tout en absorbant une hausse de 19 % du coût du risque, concentrée sur la zone sahélienne. Le signal est suffisamment net pour mériter attention : la qualité des actifs se dégrade alors même que l’économie accélère, divergence inhabituelle qu’il faudra surveiller au premier semestre 2026.
Pour les actionnaires, cet exercice se solde néanmoins par une distribution supérieure à 298,8 millions d’euros sur sept des neuf banques. La Société générale Côte d’Ivoire mène la danse avec un dividende brut de 3,97 euros par action, correspondant à 80% de son bénéfice. Ecobank Côte d’Ivoire suit avec 1,35 euro par action (taux de distribution de 77%), tandis que la SIB propose 0,65 euro par action pour un rendement estimé à 7,4% au cours du 31 décembre.
Les filiales BOA Bénin, Burkina Faso, Mali et Sénégal verseront au total près de 100,6 millions d’euros à leurs actionnaires entre avril et juin 2026. La BICICI n’a pas encore communiqué sur son dividende au titre de 2025. Seule BOA Niger ne versera rien.
Le contexte monétaire pourrait toutefois rebattre les cartes en 2026. La BCEAO a abaissé son taux directeur principal à deux reprises, pour le ramener à 3,00% depuis le 16 mars dernier, soit 50 points de base de moins qu’à l’été 2025. Cette détente profitera aux emprunteurs mais comprimera mécaniquement, à terme, les marges d’intérêt des banques les plus exposées aux titres d’État — au premier rang desquelles figurent la BICICI, Ecobank Côte d’Ivoire et BOA Niger, dont les effets publics représentent respectivement 36%, 30% et 41% du total bilan.
Le prochain rendez-vous aura lieu avec la publication des résultats du premier trimestre 2026, qui permettra de mesurer deux inconnues : la transmission effective de la politique monétaire aux marges et la trajectoire du coût du risque au Sahel.