L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a annoncé mercredi avoir été condamné à trois ans de prison en Algérie pour son livre «Houris», lauréat du prestigieux prix Goncourt en France.
L’écrivain, qui vit en France, a annoncé sur la plateforme X que le verdict avait été rendu mardi. Il a précisé qu’il avait également été condamné à une amende de 5 millions de dinars algériens (plus de 51 000 $ CA).
«Houris» met en lumière les victimes de ce que les Algériens appellent la «décennie noire», pendant laquelle des dizaines de milliers de personnes ont été tuées alors que l’armée luttait contre une insurrection islamiste.
Le conflit a éclaté en 1991 après que les islamistes eurent remporté le premier tour des élections législatives, ce qui a poussé le gouvernement soutenu par l’armée à annuler le second tour.
Le roman a reçu le prix Goncourt, la plus haute distinction littéraire française, en 2024.
Daoud dit avoir été condamné en vertu de ce que l’on appelle la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, un texte adopté par référendum en 2005 qui accordait une amnistie générale tant aux islamistes armés qu’aux forces de sécurité.
«Le texte réprime l’évocation publique de la guerre civile, a-t-il écrit. Dix ans de guerre, près de 200 000 morts selon les estimations, des milliers de terroristes amnistiés… et un seul coupable: un écrivain.»
Hormis la procédure judiciaire engagée par le tribunal de la ville algérienne d’Oran, Daoud fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux lancés par l’Algérie en mai 2025 et risque également d’être déchu de sa nationalité algérienne.
Un autre écrivain franco-algérien, Boualem Sansal, avait été confronté à des problèmes similaires.
L’auteur – dont les œuvres critiquent l’islam, le colonialisme et les dirigeants algériens contemporains – a été reconnu coupable d’atteinte à l’unité du pays et d’outrage à corps constitué, et condamné à cinq ans de prison en vertu des lois antiterroristes algériennes.
Il a bénéficié d’une grâce humanitaire en Algérie à la suite d’un appel lancé par le président allemand, et est rentré en France l’année dernière après avoir purgé une année de prison.
Le livre de Daoud, «Houris», raconte l’histoire d’Aube, une jeune fille qui survit miraculeusement à une attaque terroriste nocturne dans son village de Had Chekala, dans l’ouest de l’Algérie, bien qu’on lui ait tranché la gorge. À la suite de la publication du roman, une Algérienne, Saâda Arbane, a accusé Daoud d’avoir «volé» son histoire et de s’en être servi comme base pour son livre.
Saâda Arbane avait auparavant été suivie par Aicha Dahdouh, l’épouse de Daoud, psychiatre à l’hôpital universitaire d’Oran et spécialiste des traumatismes liés à la violence pendant la guerre civile.