Par

Paul Varenguin

Publié le

25 avr. 2026 à 11h52

« Souris puisque c’est grave, seules les plaisanteries doivent, se faire dans le plus grand sérieux… » C’était le mot d’ordre lancé, en 1990, par Alain Chamfort, et c’est la maxime que s’applique tant bien que mal Raphaël Martin–Guiheneuc.
Sourire aux lèvres, les yeux pétillants, la voix pleine d’entrain, le jeune homme de 29 ans, demeurant à Paris, s’est élancé de Rennes (Ille-et-Vilaine) pour un long périple à vélo qui le conduira jusqu’à Istanbul, en Turquie.
Loin d’être une promenade de santé, ce défi sportif lui permet de sensibiliser le grand public à la maladie dont il souffre, une tumeur au cerveau, et de mobiliser des fonds destinés à la recherche.
On l’a rencontré lors de son arrêt à Melun (Seine-et-Marne), mardi 14 avril.

La découverte de la maladie

Malgré les 57 kilomètres qu’il vient d’avaler, entre Paris et Melun, Raphaël Martin–Guiheneuc est encore frais comme un gardon lorsque nous le rencontrons, mardi 14 avril en fin de journée. Mais pour comprendre ce qui le pousse à pédaler autant, il faut revenir quelques années en arrière.

J’ai envie que la recherche avance, elle manque de fonds. Je côtoie les médecins au quotidien, et ce sont des gens incroyables.

Raphaël Martin–Guiheneuc

Celui qui a grandi à Rennes a emménagé à Paris il y a sept ans. Parallèlement, il mène une carrière de chef de projet dans le numérique, un métier prenant. Mais c’est à la fin de l’année 2020 que sa vie bascule. « J’avais fait une crise d’épilepsie sur la route, en rentrant d’un déplacement professionnel. Lorsque je me suis réveillé, j’étais avec les pompiers », se souvient-il.

Engouement autour du projet

Afin de mener à bien ce défi un peu fou, Raphaël Martin–Guiheneuc a réussi à mobiliser autour de lui. Il bénéficie ainsi du soutien de différents sponsors, qui soutiennent sa démarche. Ainsi, en plus de Rennes métropole, il compte la Maif Rennes, Orange Rennes, trois magasins Decathlon, Galian cycles, et encore Oquali et ses téléphones reconditionnés comme soutiens.

Il ne le sait pas encore, mais son corps lui adressait quelques signaux depuis un petit moment. Il faisait des crises d’épilepsie partielles, accompagnées de fourmillements dans le bras droit. « Après plusieurs examens, la présence d’une masse dans mon cerveau est confirmée. C’est une tumeur, qui se développe lentement, et j’apprends qu’elle est incurable », révèle-t-il.

S’ouvrir au monde plutôt que se plaindre

Si la nouvelle est un choc, il ne se laisse pas abattre. Très vite, ce sportif de nature choisit de garder les bras levés, et de ne pas s’apitoyer sur son sort. D’ailleurs, s’il l’évoque, il n’en fait pas étalage, et il n’a nullement l’intention de faire pleurer dans les chaumières : sa devise à lui n’est pas « scout toujours », mais bien « sourire toujours » !

Très vite, donc, il enchaîne les traitements. Une chirurgie éveillé, une première chimiothérapie qui dure un an, une première protonthérapie… Et, dès que possible, il sort. « Je ne pouvais pas rester chez moi, à penser à la maladie. J’aurais fait une dépression. Il fallait que je prenne l’air », reconnaît-il aujourd’hui.

Nous sommes au printemps 2023, et, après l’avoir planifié, il s’élance sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Une pérégrination d’un peu plus de 1 700 kilomètres, sur une période d’environ 2 mois et demi. « J’avais besoin de recul, de réfléchir, de faire le point. C’était une bonne chose que de partir et de marcher sur cette distance », avoue le jeune homme.

À son retour, il reprend son travail. Comme avant. L’année d’après, en 2024, ce même besoin de prendre l’air, de s’éloigner des problèmes, le reprend.

Quatre-vingt-huit temples, 1 300 kilomètres… Il parcourt l’île de Shikoku, au Japon, expédition au cours de laquelle il rencontre plusieurs cyclistes. « C’est un peu l’équivalent bouddhiste de Compostelle. En échangeant avec les cylcistes, je me suis rendu compte que le vélo offrait une plus grande liberté, et que cela me permettrait de mieux voyager, d’autant plus qu’il est parfois plus simple de pédaler un peu plus que de marcher vers une auberge… », observe-t-il.

Sensibiliser à la maladie

C’est donc au cours de ce voyage au pays du Soleil levant, où débute d’ailleurs sa deuxième chimiothérapie, qu’il commence à réfléchir à ce nouveau projet d’ampleur, celui de traverser une bonne partie de l’Europe à vélo. « Je devais partir en 2025, mais j’ai dû subir une deuxième protonthérapie, et ce traitement est incompatible avec un voyage comme celui-ci, car il faut être présent à l’hôpital tous les jours. J’en ai donc profité pour planifier au mieux ce périple et mettre en ordre toutes mes idées », se remémore-t-il.

Car des idées, il n’en manque pas. Son esprit redouble d’inventivité, et il commence un long travail pour élaborer ce parcours. Le choix d’Istanbul ? « Je trouvais que ça représentait un défi balèze, c’est la traversée de l’Europe la plus large possible, cela va me permettre aussi de découvrir d’autres cultures, c’est une expérience, et c’est une ville légendaire ! », explique Raphaël Martin–Guiheneuc.

Je ne pouvais pas rester chez moi, à penser à la maladie. J’aurais fait une dépression. Il fallait que je prenne l’air.

Raphaël Martin–Guiheneuc

Avant de partir, il s’est entraîné, notamment entre Rennes et Rochefort (Charente-Maritime), pour essayer son vélo à assistance électrique. Mais son trajet, commencé le 5 avril, ne sera pas direct, loin de là. Il le construit en fonction des étapes qu’il prévoit, avec l’objectif de passer par le plus grand nombre d’hôpitaux possible. Après Rennes et la Pitié Salpêtrière, à Paris, il devrait passer par Lyon (Rhône), avant de s’arrêter à Genève, en Suisse, puis Turin, en Italie, Zagreb, en Croatie. Suivront l’Autriche, la République tchèque, la Hongrie, la Macédoine du Nord, la Grèce et enfin Istanbul. Bref, un trajet prévu sur trois mois et long de 5 300 kilomètres, « mais qui peut changer selon la forme ou les opportunités », prévient-il.

Ses motivations ? Nombreuses. S’il compte bien aider le financement de la recherche sur les tumeurs à travers la cagnotte en ligne qu’il a lancée, au profit de l’ARTC, il veut aussi vulgariser cette cause, encore mal connue du grand public. « Mais je veux aussi donner de l’espoir aux personnes qui, comme moi, ont une tumeur au cerveau. Il arrive souvent que les médecins donnent une espérance de vie de 12 ou 18 mois, c’est difficile à encaisser », rappelle-t-il.

Durant ce voyage, il ne sera pas seul. D’abord parce que, qu’il le veuille ou non, la maladie est toujours dans un coin. « Je pars avec mon traitement, que je suis au quotidien, et que j’avais vu avec mes médecins. Et je dois faire une prise de sang toutes les deux à trois semaines », confie-t-il.

Et il est aussi épaulé, ponctuellement, par des proches, qu’ils soient de la famille ou amis. De plus en plus, aussi, il est soutenu « virtuellement » par les mille personnes qui le suivent sur les réseaux sociaux. « Je vais leur proposer des petites interviews que je réalise des médecins. J’ai envie que la recherche avance, elle manque de fonds. Je côtoie les médecins au quotidien, et ce sont des gens incroyables », affirme-t-il.

En tout cas, s’il assure se concentrer sur le voyage en cours, il commence déjà à cogiter sur le prochain. Le sourire toujours flanqué sur le visage, il promet : « ce voyage ne sera pas le dernier ! ». En attendant, il a repris le guidon le 15 avril, à destination de Montargis, dans le Loiret

Sa cagnotte est accessible sur CE LIEN. Vous pouvez également suivre son avancée sur les réseaux sociaux, sur Facebook et Instagram (ou est raph).

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