Diffusé fin avril 2026, le texte intitulé dans ses premières lignes « Le cinéma est liberté ou il n’est rien » s’inscrit directement dans le débat ouvert depuis l’adoption de la loi 24-07 de 2024 relative à l’industrie cinématographique.
Présenté comme un communiqué collectif, il agrège des signatures de professionnels du secteur et dénonce des pratiques assimilées à une censure administrative.
Le point de départ du document est l’interdiction de projection d’un film du réalisateur Malek Bensmaïl à Annaba, évoquée comme un cas emblématique. Les auteurs y dénoncent une décision prise sans motivation publique claire, à la suite d’un refus de visa culturel.
Mais au-delà de cet épisode, le texte élargit immédiatement la critique. Il met en cause un système jugé opaque, où l’accès à la diffusion dépend d’autorisations administratives préalables. La formule centrale — « le cinéma est liberté ou il n’est rien » — sert ainsi de pivot à une contestation plus globale des mécanismes de régulation. Le constat est implacable : la censure bat son plein. Deux films au moins sont interdits de diffusion : Ben M’hidi de Bachir Deraïs et Arabe de Malek Bensmaïl, inspiré d’un roman de Kamel Daoud
La loi 24-07 en ligne de mire
Sans toujours la citer explicitement, le communiqué renvoie de manière directe aux dispositifs introduits par la loi 24-07. Adoptée en 2024, cette dernière redéfinit l’organisation du secteur cinématographique en Algérie, en encadrant l’ensemble de la chaîne — de la production à l’exploitation.
Parmi les points les plus discutés figure le maintien, voire le renforcement, de l’obligation de visa pour la diffusion publique des œuvres. Le texte des cinéastes critique précisément ce type de mécanisme, considéré comme un outil de filtrage en amont.
Les signataires évoquent également : des décisions administratives non motivées, l’absence de voies de recours transparentes, et un climat susceptible d’encourager l’autocensure.
Ces éléments font écho aux réserves exprimées dès 2024 par une partie du secteur, qui redoutait que la loi, tout en structurant l’industrie, consolide un contrôle étatique étendu sur les contenus.
De la régulation à la restriction : une ligne de fracture
Le débat cristallisé par ce texte porte sur la nature même de la régulation. Les autorités présentent la loi 24-07 comme un cadre nécessaire à la relance du cinéma national, visant à organiser les financements, professionnaliser les acteurs et encadrer la diffusion.
À l’inverse, les auteurs du communiqué estiment que ce cadre se traduit, dans son application, par une restriction de la liberté de création. Le visa préalable est perçu non comme un simple outil administratif, mais comme un instrument pouvant conditionner, voire empêcher, la circulation des œuvres.
Le cas de la projection annulée du film de Malek Bensmaïl à Annaba est ainsi mobilisé comme illustration concrète de ce basculement.
L’appel d’avril 2026 ne constitue pas un épisode isolé. Il y a eu l’appel de décembre 2025 déjà. L’appel à Tebboune pour débloquer la production cinématographique a reçu le mépris du chef de l’Etat. La censure, les blocages et le marchandage sur le financement de rares films continuent.
Ce communiqué fonctionne à la fois comme un signal d’alerte conjoncturel, lié à un cas précis et une critique structurelle, visant le cadre juridique instauré par la loi 24-07.
Un débat ouvert sur l’avenir du secteur
En l’absence de réponse officielle détaillée aux griefs soulevés, le texte contribue à installer un débat de fond : celui de l’équilibre entre organisation institutionnelle du cinéma et garantie de la liberté artistique.
À travers une formulation volontairement tranchée, les signataires posent une ligne de principe. Leur prise de position met en lumière les tensions persistantes autour de la mise en œuvre de la loi 24-07 et, plus largement, les conditions d’exercice de la création cinématographique en Algérie.
Samia Naït Iqbal