Début novembre, l’Agence nationale du pétrole, du gaz et des biocarburants d’Angola (ANPG) a signé un accord d’exclusivité avec Shell pour l’exploration de plusieurs blocs offshore du pays. Dans le détail, l’accord couvre les blocs 19, 34 et 35, ainsi que quatorze blocs additionnels en eaux ultra-profondes. Il accorde à la compagnie un droit de négociation prioritaire avant la signature éventuelle d’un contrat de partage de production. Aucun calendrier opérationnel n’a été rendu public à ce stade.

Selon Bloomberg, qui cite Paulino Jerónimo, le président de l’ANPG, Shell prévoit d’investir environ 1 milliard USD (environ 854 millions d’euros) dans des études sismiques et des opérations de forage exploratoires. Le ministre angolais des Ressources minérales et du Pétrole, Diamantino Azevedo, a rappelé que cette initiative s’inscrit dans la stratégie nationale visant à maintenir la production au-dessus du seuil symbolique de 1 million de barils par jour dans les prochaines années.

Ce développement confirme le retour progressif de Shell dans l’offshore angolais, après plusieurs années d’absence. En septembre, la compagnie avait déjà signé un accord avec Chevron et Sonangol pour le bloc 33 dans le bassin du Bas-Congo.

Pour Shell, consolider un positionnement énergétique global

Pour Shell, ces nouveaux plans entrent dans le cadre d’une stratégie plus large de repositionnement de son portefeuille africain autour de projets à forte valeur technique, et à potentiel géologique confirmé. La compagnie a récemment renforcé sa présence dans les eaux profondes du Nigeria en rachetant à TotalEnergies 12,5% de parts dans le permis OML 118, une transaction de 510 millions USD. Ce permis abrite le champ pétrolier Bonga et son extension Bonga North, opérés par la filiale locale SNEPCo. L’opération porte la participation de Shell à 67,5% dans cet actif, considéré comme l’un des plus importants du pays.

En parallèle, Shell maintient une présence active dans l’amont africain, avec des projets d’exploration en Libye où elle a signé un protocole d’accord pour la relance d’un champ terrestre, et en Afrique du Sud où elle cherche à développer des activités dans le bassin offshore d’Orange. Au-delà de l’exploration pétrolière, elle mise aussi sur le gaz naturel liquéfié (GNL), qui occupe une place centrale dans sa stratégie énergétique mondiale.

Selon son rapport LNG Outlook 2025, la demande mondiale de GNL pourrait croître de près de 60% d’ici 2040, portée par la hausse de la consommation asiatique et européenne. Le groupe, qui a livré environ 65 millions de tonnes de GNL en 2024, prévoit d’ajouter jusqu’à 12 millions de tonnes de nouvelles capacités d’ici 2030, à travers des projets au Canada, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Nigeria.

Pour Luanda, un levier pour soutenir la relance pétrolière

Pour le gouvernement angolais, cette collaboration s’inscrit dans une stratégie engagée depuis plusieurs mois pour stimuler la production nationale. Depuis son retrait de l’OPEP en décembre 2023, Luanda entend reprendre la maîtrise de sa politique énergétique et attirer de nouveaux capitaux étrangers. Selon l’ANPG, environ 71 milliards USD d’investissements sont attendus dans le secteur pétrolier entre 2024 et 2028, « sans compter les investissements dans l’augmentation de la production des gisements existants ». En comparaison, les investissements dans le secteur ont totalisé 50 milliards USD entre 2019 et 2023.

La production nationale, qui oscille actuellement autour de 1 million de barils par jour, reste dépendante des grands opérateurs internationaux. Les autorités misent sur de nouveaux forages, la réhabilitation des champs matures et la mise en service de gisements satellites pour stabiliser la production. Avant Shell, d’autres acteurs connus dans le secteur comme TotalEnergies, ExxonMobil, BP, Eni ou encore Chevron, ont déjà engagé des programmes d’investissement dans cette perspective. Le pays a également lancé un nouveau cycle d’octroi de licences, avec comme objectif de porter à 60 le nombre de concessions attribuées d’ici fin 2025.

Le défi pour l’Angola, deuxième producteur de brut d’Afrique subsaharienne, concerne sa capacité à maintenir l’attractivité du secteur tout en assurant la soutenabilité budgétaire et la transparence dans la gestion des ressources. Le pétrole représente toujours plus de 90 % de ses exportations, 28,9 % de son PIB et environ 70 % de ses recettes publiques, selon les estimations de la Banque mondiale.