Le Royaume-Uni place explicitement l’Afrique au cœur de la nouvelle stratégie de British International Investment. Selon Chris Chijiutomi, responsable Afrique de l’institution, 9 milliards de livres sterling devraient être dirigés vers le continent sur cinq ans, dont près de 5 milliards issus directement des ressources propres de BII.

Le Royaume-Uni affine son repositionnement sur la finance du développement. À travers la stratégie 2026-2031 de British International Investment (BII), son institution publique d’investissement dans les économies émergentes, Londres entend renforcer l’usage du capital public comme levier d’attraction des investisseurs privés.

L’Afrique occupe une place centrale dans cette stratégie. Dans une interview, Chris Chijiutomi, directeur général et responsable Afrique de BII, a indiqué que 9 milliards de livres sterling soit environ 10,4 milliards d’euros devraient être orientés vers le continent sur les cinq prochaines années, dont près de 5 milliards de livres (environ 5,8 milliards d’euros) provenant directement du bilan de BII. Le solde serait mobilisé auprès d’investisseurs privés africains et internationaux.

Cette ambition représente une hausse de 21 % par rapport au portefeuille africain actuel de l’institution, estimé à près de 5 milliards d’euros.

Un pari sur l’effet de levier

La logique poursuivie par Londres repose sur un principe simple : utiliser les ressources publiques pour réduire le risque perçu et attirer davantage de capitaux privés vers les marchés émergents. Chris Chijiutomi résume cette approche en affirmant que BII concentre ses efforts « là où notre capital et notre expertise peuvent faire la plus grande différence pour les économies africaines ».

Dans un contexte marqué par la hausse des coûts d’emprunt internationaux, la prudence des investisseurs institutionnels et la contraction de certaines enveloppes d’aide, ce modèle vise à soutenir des projets structurants sans alourdir directement la dette publique des États.

L’un des axes majeurs de la stratégie consiste également à renforcer la présence de BII dans les marchés dits frontières, où les besoins sont élevés mais les flux privés restent limités. L’institution prévoit ainsi qu’au moins 25% de ses nouveaux investissements soient orientés vers les pays les moins avancés. La Sierra Leone et la Zambie figurent parmi les premiers marchés prioritaires identifiés.

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Cette orientation traduit une conviction croissante chez les institutions de développement : dans plusieurs économies africaines, l’enjeu n’est plus seulement d’apporter des financements, mais aussi de contribuer à structurer un environnement favorable à l’investissement privé.

Énergie, PME et infrastructures au premier plan

BII identifie comme secteurs prioritaires les services financiers, l’énergie, les transports, le commerce, les infrastructures numériques et les industries durables. L’institution confirme notamment son soutien à Mission 300, l’initiative portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement visant à connecter 300 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030.

Le financement des PME et des entreprises intermédiaires constitue un autre pilier du plan. Dans de nombreux pays africains, ces acteurs restent freinés par un accès limité au crédit long terme, ce qui ralentit l’investissement productif et la création d’emplois.

Au-delà des montants, cette offensive illustre la volonté britannique de conserver une présence économique visible en Afrique, à l’heure où la concurrence entre puissances financières s’intensifie sur le continent. Comme l’a également souligné la ministre britannique du Développement Jenny Chapman, Londres veut promouvoir « une nouvelle approche du développement », moins fondée sur les dons traditionnels et davantage sur les partenariats d’investissement de long terme.

Si les 9 milliards de livres annoncés se matérialisent effectivement, British International Investment conforterait sa place parmi les principaux investisseurs publics étrangers actifs en Afrique. Mais la réussite du plan se mesurera moins aux annonces qu’à la manière dont ces capitaux se transformeront en projets concrets dans l’énergie, l’industrie, la logistique ou le numérique.