Alors que Dakar cherche à diversifier ses partenariats économiques et à mobiliser davantage de capitaux privés, les relations sénégalo-britanniques entrent dans une nouvelle séquence. Entre diplomatie économique et grands projets structurants, le Royaume-Uni entend renforcer son rôle dans la transformation de l’économie du pays ouest-africain.

Lors d’une rencontre avec la presse économique sénégalaise en fin de semaine dernière, Carine Robarts (à gauche sur la photo), l’ambassadrice du Royaume-Uni à Dakar, a indiqué que 50 entreprises britanniques, membres de la Chambre de commerce britannique au Sénégal, disposent aujourd’hui d’un portefeuille d’investissement de 4,2 milliards d’euros dans le pays ouest-africain.

Plus d’un milliard d’euros d’échanges commerciaux

La diplomate a aussi affirmé que ces différentes entreprises, actives dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications, de l’agriculture, de l’éducation et des services, entendent renforcer leur présence sur ce marché que Londres considère comme stratégique dans la sous-région, malgré un environnement international marqué par le renchérissement du capital et le ralentissement des financements publics. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays atteint désormais près de 700 milliards de FCFA (environ 1,07 milliard d’euros), soit quatre fois son niveau de 2020, selon l’ambassadrice britannique.

L’annonce a précédé l’inauguration officielle de la Chambre de commerce britannique au Sénégal ce lundi 27 avril 2026 à Dakar. Cette dernière ambitionne de jouer un rôle de facilitateur entre les investisseurs britanniques et l’administration sénégalaise, dans un contexte où Dakar cherche à attirer davantage de capitaux privés pour soutenir la croissance nationale. « Nous ne voulons pas être une énième chambre de commerce qui va juste faire de l’événementiel. Nous voulons vraiment apporter énormément de valeur ajoutée », a déclaré Karim Ndiaye, membre fondateur de la Chambre de commerce.

L’objectif affiché est de raccourcir le parcours de l’investisseur britannique et d’identifier les freins ainsi que les leviers d’accélération des projets, en promouvant l’échange entre investisseurs et acteurs publics/privés d’une part, et en identifiant les opportunités d’investissement d’autre part.

Des réformes juridiques attrayantes

L’ambition de la Chambre de commerce britannique au Sénégal est justifiée par le contexte de réformes économiques en cours dans le pays. Le nouveau Code des investissements adopté en septembre 2025, consacre l’attractivité du pays de la Teranga à travers diverses incitations, notamment l’abaissement de certains seuils d’investissement, la réduction des délais de traitement, et l’offre d’un plus grand nombre de garanties sur les transferts de capitaux et la convertibilité des devises.

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Le gouvernement sénégalais envisage également d’autres réformes stratégiques, bénéfiques à l’investissement. Lors du Forum Invest in Sénégal tenu au 7 au 8 octobre 2025 à Diamniadio, l’adaptation, entre autres, des lois relatives au partenariat public-privé (PPP) ainsi qu’aux zones économiques spéciales avait été évoquée.

Au Sénégal, le Royaume-Uni est déjà fortement positionné dans le secteur énergétique, notamment à travers BP, présent dans les hydrocarbures. Interrogée sur les perspectives du groupe britannique dans le contexte de renégociation de contrats miniers, pétroliers et gaziers initiée par le gouvernement, Carine Robart s’est d’ailleurs voulu rassurante en déclarant que « BP est ici et continue d’investir », tout en soulignant l’importance du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) aussi bien pour l’entreprise que pour l’économie sénégalaise.

Des entreprises britanniques sont également actives dans les énergies renouvelables. Londres participe par ailleurs au financement du futur port de Ndayane, l’un des projets d’infrastructures appelés à renforcer la compétitivité logistique du pays et à soutenir les échanges régionaux.

Dans sa Stratégie nationale de développement (SND) pour la période 2025 – 2029 — cadre opérationnel de la première phase de la Vision Sénégal 2050 — l’État sénégalais a identifié une série de chantiers d’investissements prioritaires pour un coût total de 18 496,83 milliards FCFA (environ 28,2 milliards d’euros), dont 12 821,45 milliards de FCFA de financement public (État) et 5 675,38 milliards de FCFA (environ 8,65 milliards d’euros) attendus du secteur privé (investissements directs et partenariats public-privé). Les entreprises britanniques pourraient y contribuer.