Le rail est l’une des colonnes vertébrales du système logistique et de mobilité en l’Afrique du Sud. Avec les réformes en cours, les autorités souhaitent en renforcer le rôle dans l’économie nationale sur les prochaines décennies.

En Afrique du Sud, le Plan directeur national du rail (National Rail Master Plan-NRMP) est soumis depuis le jeudi 23 avril dernier à une consultation publique. Cette phase prévue pour s’achever le 22 juillet doit permettre de recueillir les avis, critiques et propositions sur la feuille de route, concernant plusieurs aspects comme les priorités d’investissements, la faisabilité technique ou les contraintes financières.

Elle verra la participation d’institutions publiques, du secteur privé, d’organisations de travailleurs, de syndicats, d’usagers et de la société civile. Dans le cadre de cette démarche, le ministère des Transports organise des réunions dans toutes les provinces, et a mis en place une plateforme web centralisée (avec cartographie, outils interactifs et manuel d’utilisation) où le projet de plan est consultable.

Un plan ambitieux

Approuvé en début de mois, le NRPM veut replacer le rail au cœur du modèle de développement de la nation arc-en-ciel à l’horizon 2050. Il prévoit près de de 2 000 milliards de rands (environ 103,3 milliards d’euros) d’investissements pour étendre les réseaux dédiés au fret et au transport de passagers d’environ 3 500 km.

Selon la ministre des Transports, Barbara Creecy, cette feuille de route repose sur une approche « brownfield » visant à optimiser les infrastructures existantes pour limiter les coûts, complétée par des extensions « greenfield » ciblées, là où elles sont économiquement viables et alignées sur les évolutions technologiques. L’objectif est de parvenir à un système capable de répondre à la demande croissante de transport de marchandises comme les produits miniers et agricoles, qui représentent les principales exportations du pays.

Selon la responsable, environ 165 millions de tonnes de fret sont transportées chaque année par rail en Afrique du Sud, alors que la demande potentielle est estimée à près de 280 millions de tonnes. « Les conséquences involontaires de la sousperformance de notre réseau ferroviaire incluent des pertes de recettes en devises et des destructions d’emplois lorsque les produits miniers et agricoles ne peuvent pas être exportés à temps et à des coûts compétitifs. La congestion, la dégradation des routes et les problèmes de sécurité font grimper les coûts de transport et nuisent à l’efficacité », explique-t-elle.

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Sur le volet des passagers, la ministre souligne qu’un réseau ferroviaire de banlieue performant permettrait aux ménages de réduire leurs dépenses et de gagner du temps. 

Et si le budget total du NRMP semble important, David de Villiers, directeur principal du développement des infrastructures au ministère des Transports, estime que la facture liée à un statu quo serait encore plus salée.

Selon ses estimations, le coût d’une inaction serait de 177 milliards de rands (environ 9,15 milliards d’euros) de pertes de change et d’exportations non réalisées, plus 99 milliards de rands (5,1 milliards d’euros) d’inefficacités liées au report modal vers les routes (pertes de temps, congestion, accidents).

« Si le plan devait être financé sur 10 ans, il faudrait mobiliser environ 190 milliards de rands par an. Or, ce montant représenterait 70 % de l’ensemble des dépenses d’infrastructure actuellement engagées par l’État tous ministères confondus. Il n’est donc pas réaliste que le rail capte à lui seul une telle part de l’investissement public, et le secteur privé devra jouer un rôle majeur dans le financement du NRMP et de son déploiement », ajoute-t-il.

Une dynamique déjà en marche

Au delà de la vision de long terme, plusieurs chantiers concrets témoignent déjà d’une dynamique de modernisation à l’œuvre, portée à la fois par le secteur public et par l’ouverture progressive aux investissements privés. 

En mai 2025, le gouvernement a consacré un budget d’environ 66,3 milliards de rands (environ 3,423 milliards d’euros) sur trois ans à la modernisation du réseau géré l’agence publique chargée du transport ferroviaire de passagers, la PRASA (Passenger Rail Agency of South Africa). Ces ressources serviront à renouveler les trains de banlieue – 600 nouvelles rames sont prévues, dont près de la moitié déjà livrées via la coentreprise Gibela Alstom – et à réhabiliter des systèmes de signalisation obsolètes.

L’objectif est de faire passer le nombre de voyages annuels de 60 millions en 2024/2025 à 186 millions en 2027/2028, soit un triplement en trois ans, tout en améliorant la fréquence, la fiabilité et la sécurité des services. Côté fret, la société publique Transnet s’est engagée dans un mouvement de réformes visant à ouvrir certains tronçons à des opérateurs privés et à renforcer la performance des corridors logistiques vers les ports.

En mars 2026, Transnet Rail Infrastructure Manager (TRIM) a ainsi lancé un appel d’offres pour la mise en bail de trois lignes secondaires dans l’est et le centre du pays, afin d’attirer des investisseurs privés chargés de réhabiliter les infrastructures et d’y développer des services de transport, notamment pour le charbon et les conteneurs.

Plus tôt en octobre 2025, l’entreprise publique a dévoilé en octobre 2025 un programme d’investissements de 127 milliards de rands (environ 6,557 milliards d’euros) sur cinq ans, pour moderniser ses infrastructures.