Face au déficit d’investissement en Afrique, la Nouvelle architecture financière africaine veut mobiliser les capitaux continentaux. Le consensus d’Abidjan a adopté ce dispositif en tant que nouveau cadre du financement africain mais a déploré le manque de projets bancables. Le modèle industriel États-Unis d’Afrique subsaharienne pourrait permettre de relever ce défi.
Par Francis Journot, consultant, entrepreneur et fondateur du cabinet Francis Journot Strategies & Finance (JSF)
Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a dévoilé en février le projet de Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) lors du 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA), avant de le présenter à nouveau en avril 2026 devant les participants du Consensus d’Abidjan. La NAFA repose sur le constat que l’Afrique ne manque pas de capitaux mais se trouve face à un déficit massif de financement. Les participants se sont engagés « en faveur de la Nouvelle architecture financière africaine en tant que cadre commun à l’échelle du continent pour réorganiser la manière dont les capitaux et les risques sont mobilisés, structurés et déployés dans l’écosystème africain ».
Le NAFA propose une mobilisation de l’épargne domestique, la réduction du coût du capital et une plus grande intégration des marchés financiers. Mais un discours réaliste de la BAD pointe aussi la rareté des projets bancables. Car en réalité, la limite du développement de l’Afrique et de la NAFA est moins financière qu’économique. Pourtant, la politique africaine veut encore s’appuyer sur « les aspirations de l’Agenda 2063 et sa vision d’une Afrique prospère, intégrée et résiliente » dont les résultats en matière industrielle apparaissent peu probants si l’on considère que 10 ans après sa mise en œuvre, la misère s’accroit. Seulement 3 millions d’emplois par an sont créés quand il en faudrait 25 millions et la région subsaharienne concentrera 90 % de l’extrême pauvreté mondiale en 2030. En l’absence de tissu productif dense et capable de générer des actifs robustes et rentables, les réformes des flux financiers seront inefficaces. Sans base industrielle et sans stratégie coordonnée de production, il n’y aura ni afflux des investissements, ni changement d’échelle. Aussi peut-être faut-il changer de modèle.