Alors que les fonds de dette privée américains subissent retraits massifs, faillites en chaîne et crise de confiance, l’Europe se targue d’un cadre prudentiel plus solide pour protéger ses épargnants et ses banques. Entre régulation Bâle, moindre exposition des particuliers et rôle central des banques, le marché européen du crédit privé semble mieux armé face au risque de contagion venu des États-Unis, sans être totalement à l’abri.

L’industrie financière européenne sait parler d’une seule voix lorsqu’il s’agit de critiquer la réglementation européenne sur la finance, jugée trop conservatrice, trop contraignante et trop averse au risque.

Il est en revanche beaucoup plus rare de la voir célébrer ce cadre, comme elle l’a fait ces dernières semaines, en soulignant que, grâce à lui, l’épargnant européen serait aujourd’hui mieux protégé que son alter ego américain en cas de crise financière. Ce revirement intervient alors que la dette privée – cette classe d’actifs du private equity qui finance les PME et ETI européennes loin du regard des marchés cotés, souvent avec des effets de levier – suscite de plus en plus de défiance des investisseurs outre-Atlantique.

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Les États-Unis traversent en effet une véritable crise de confiance dans cette industrie pesant plus de 2 000 milliards de dollars. Depuis des semaines, une foule de clients particuliers pris de panique retirent leurs billes, et des entreprises perçues comme saines s’effondrent en cascade. Faut-il craindre la même chose en Europe ?

Un cadre prudentiel plus protecteur

« Il faut se méfier de ce type de discours alarmiste », met en garde Antoine Maspétiol, d’Eiffel Investment Group et coprésident de la commission dette privée de France Invest, l’association qui réunit les fonds d’investissement français. « Le cadre réglementaire européen est solide », abonde Édouard Veber, de Rothschild & Co, l’autre coprésident. Selon lui, « les fonds destinés aux particuliers sont protégés par une réglementation plus conservatrice [qu’aux États-Unis, NDLR], qui impose aux fonds de disposer d’un matelas de liquidité pour rembourser les investisseurs retail ».