En devenant l’unique actionnaire de West African Energy, l’opérateur public sénégalais consolide le pilotage d’un projet stratégique appelé à couvrir près de 25% de la demande nationale. Une reprise en main qui survient après des blocages de gouvernance, et s’inscrit dans la stratégie « Gas-to-Power », au cœur des ambitions d’accès universel à l’électricité.

La prise de contrôle intégrale de West African Energy (WAE) par la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) marque un tournant dans la stratégie énergétique du pays, au moment où Dakar cherche à concilier montée en capacité, stabilité du réseau et transition vers le gaz. En devenant l’unique actionnaire de ce projet de centrale de 366 MW, l’opérateur public réaffirme son rôle pivot dans un secteur encore largement dépendant de montages hybrides entre public et privé.

Cette infrastructure, présentée comme la plus importante centrale à cycle combiné au gaz du pays ouest-africain, est appelée à couvrir près d’un quart de la demande nationale en électricité. À ce titre, son entrée en service complète constitue un enjeu critique pour un système électrique sous pression, confronté à une demande en croissance rapide, tirée par une urbanisation et une industrialisation progressives.

Un projet stratégique repris en main par l’État

L’opération survient après une période de blocage marquée par des tensions entre actionnaires privés et des difficultés de gouvernance ayant retardé le bouclage financier du projet. L’intervention de l’État sénégalais, à travers un rôle de médiation, puis de reprise en main via la Senelec, a permis de stabiliser la structure du projet et de sécuriser sa trajectoire d’achèvement.

Avec un taux d’avancement estimé à 97,5 %, la centrale a déjà franchi plusieurs étapes techniques clés, dont une mise en service en cycle ouvert et une première synchronisation au réseau national en avril 2025. Le passage en cycle combiné — indispensable pour atteindre le plein rendement de l’installation — reste toutefois conditionné à la disponibilité effective du gaz.

Ce point souligne l’une des principales inconnues du projet : la capacité du Sénégal à aligner le calendrier de ses infrastructures électriques avec celui de ses projets gaziers, notamment dans un contexte régional où les chaînes d’approvisionnement restent vulnérables. La stratégie « Gas-to-Power » repose en effet sur cette synchronisation fine entre production et consommation.

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Entre souveraineté énergétique et transition maîtrisée

Au-delà de la résolution d’un blocage ponctuel, cette acquisition illustre une inflexion plus large dans la gouvernance du secteur énergétique sénégalais. En internalisant un actif stratégique, l’État privilégie une logique de contrôle direct sur les infrastructures critiques, dans un contexte où les impératifs de sécurité énergétique prennent le pas sur les arbitrages purement financiers.

Ce choix s’inscrit également dans la volonté de faire du gaz naturel un levier de transition, en substitution progressive aux combustibles plus coûteux et plus polluants. Si cette orientation permet d’améliorer le coût marginal de production et de réduire l’empreinte carbone du mix énergétique, elle pose néanmoins la question de la dépendance à une ressource dont l’exploitation locale reste en phase de montée en puissance.

Dans cette équation, la centrale de WAE apparaît comme un maillon structurant, à la fois outil de stabilisation du réseau et vitrine d’une nouvelle phase du développement énergétique du pays.

Un levier pour l’objectif d’accès universel

La montée en capacité du système électrique constitue un prérequis pour atteindre l’objectif d’accès universel à l’électricité que le Sénégal s’est fixé à l’horizon 2029, dans le cadre de son « Energy Compact ». Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le pays devra maintenir un rythme soutenu d’extension du réseau et d’augmentation de la production pour combler les dernières poches de déficit.

Dans ce contexte, la mise en service effective de la centrale de 366 MW pourrait jouer un rôle déterminant, en apportant à la fois volume et stabilité au réseau. Elle contribuerait ainsi à réduire les risques de délestage, à soutenir l’activité économique, et à renforcer l’attractivité industrielle du pays.

Reste que l’équation globale dépasse le seul enjeu capacitaire. Elle implique une articulation fine entre investissements dans la production, modernisation des réseaux et soutenabilité financière du secteur, dans un environnement où les besoins restent élevés et les marges budgétaires contraintes.