Speedinvest a lancé son premier fonds Moyen-Orient–Afrique, adossé à EIB Global, Mubadala et la Qatar Investment Authority. L’engagement européen de 40 millions d’euros révèle d’où provient désormais le capital long pour la tech africaine, alors que capital-risque privé recule.
Speedinvest GmbH, société de capital-risque basée à Vienne et gérant environ 1,4 milliard d’euros d’actifs, a lancé il y a quelques jours son premier fonds ciblant l’Afrique et le Moyen-Orient, avec un apport financier institutionnel de 40 millions d’euros de la part d’EIB Global, la branche de développement de la Banque européenne d’Investissement (BEI). D’autres investisseurs institutionnels, comme Mubadala Investment Co (fonds souverain émirati) et Qatar Investment Authority, ont également participé à l’opération. La structure d’investissement vise à mobiliser 200 millions d’euros.
Des tickets à 5 millions de dollars
Speedinvest prévoit des tickets initiaux d’environ 5 millions de dollars pour participer à des cycles de financement visant à structurer et/ou accélérer des business. La société prévoit aussi des réserves pour les cycles avancés d’investissement
« La technologie a le pouvoir de transformer de bonnes idées en impact réel. En nous associant à Speedinvest, nous permettons aux innovateurs africains de passer à l’échelle, d’accéder à de nouveaux marchés et de bâtir des entreprises durables. Dans un monde de fragmentation, nous construisons des ponts», a déclaré Karl Nehammer, vice-président d’EIB Global, dans le communiqué publié par Speedinvest.
Le fonds ouvre à un moment où lever plus de 200 millions de dollars pour l’Afrique subsaharienne, sans une institution de financement du développement comme pierre angulaire, est devenu difficile, comme l’ont montré les données compilées par la base de transactions publiée sur Ecofin Pro, confirmées par celles de l’African Private Equity and Venture Capital Association.
Le montage Speedinvest fait converger le capital souverain du Golfe et le capital public européen au sein d’un même véhicule, une combinaison qui a rarement abouti à l’échelle de la tech africaine.
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Des opportunités croissantes mais qui s’étrécissent
Selon les chiffres consolidés par Condia, média spécialisé dans la tech basé au Nigeria, les start-up africaines ont levé environ 705 millions de dollars sur 59 transactions divulguées entre janvier et fin mars 2026, contre 469 millions sur 87 transactions au cours de la même période en 2025, selon Technext.
Le contraste est éloquent : l’enveloppe globale progresse de plus du quart, mais le nombre d’entreprises financées recule de près d’un tiers. Et ce qui gonfle le total, ce n’est pas l’apport en capital. Les fonds propres (equity) n’ont représenté que 212 millions de dollars au premier trimestre 2026, contre plus de 490 millions de dollars cumulés de dette pure et d’instruments hybrides.
C’est la première fois dans l’histoire du financement tech africain que la dette dépasse l’equity en volume, alors qu’elle n’était que de 11% du total un an plus tôt, selon Technext. Autrement dit, l’argent revient sur le continent, mais par le haut : moins d’entreprises, plus de gros tickets et un mode de financement qui exige un revenu existant plutôt qu’une promesse de croissance.
Le portefeuille africain de Speedinvest illustre le type d’entreprise que le nouveau fonds pourrait viser. Moove Africa Ltd., la fintech de mobilité fondée à Lagos qui finance des véhicules pour les chauffeurs VTC et de livraison, a levé plus de 460 millions de dollars en fonds propres et en dette et a négocié fin 2025 un cycle de financement de 300 millions de dollars, portant sa valorisation à 2 milliards de dollars.
La société a également soutenu FairMoney au Nigeria, qui utilise le machine learning pour le scoring de crédit, ou encore Khazna en Égypte, qui propose l’accès au salaire anticipé pour les travailleurs sous-bancarisés, ou Mophones au Kenya, qui finance l’achat de smartphones.
Quels premiers investissements ?
EIB Global a déployé 3,1 milliards d’euros en Afrique en 2025, soit environ un tiers de son activité mondiale, a indiqué la banque dans un communiqué du 24 février. Plus de 350 millions d’euros ont été placés dans des fonds de capital-risque et de capital-investissement, dont des véhicules gérés par Amethis et Ardian. Sur quatre ans, les opérations adossées à la BEI ont mobilisé 73 milliards d’euros sur le continent, selon la banque. Les bailleurs souverains ne sélectionnent pas les transactions. Mubadala, Qatar Investment Authority et EIB Global s’engagent en tant que « limited partners » à long terme et ne sont pas impliqués dans les décisions d’investissement individuelles, a déclaré Speedinvest à EnterpriseAM dans une réponse publiée le 21 avril.
Le prochain signal interviendra au second semestre 2026, lorsque Speedinvest devra annoncer ses premiers investissements dans le cadre du nouveau fonds et communiquer sur la progression vers l’objectif de 200 millions d’euros.