Emmanuel Macron a fustigé lundi « tous les mabouls » qui veulent « se fâcher avec l’Algérie ».Malgré les critiques de Bruno Retailleau, les autorités sont bien décidées à renouer avec Alger.Les expulsions ont notamment repris la semaine dernière, après un an d’interruption.
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Après un réchauffement, le ton remonte d’un cran entre Paris et Alger
« Faux prétexte » ou vraie polémique ? Le torchon brûle depuis lundi entre les tenants d’une ligne dure vis-à-vis du pouvoir algérien et Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a en effet traité de « mabouls » ceux qui veulent « se fâcher » avec Alger, s’attirant les foudres de plusieurs responsables notamment Bruno Retailleau. Si l’Elysée est sous le feu des critiques, les relations entre les deux pays, elles, ont amorcé un dégel.
Dernier exemple en date ? Les expulsions d’Algériens visés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Ces dernières ont repris récemment, après un an d’interruption liée à la crise diplomatique entre les deux pays. Selon la Cimade, association de défense des droits des migrants, deux Algériens retenus dans le centre de rétention administrative (CRA) de Rennes ont été expulsés la semaine dernière. Ces réadmissions par l’Algérie de ses ressortissants en situation irrégulière sous OQTF sont inédites depuis plusieurs mois : les dernières dataient du début de l’année 2025.
Laurent Nunez et Ségolène Royal en Algérie pour renouer le dialogue
La relation entre les deux pays s’était en effet fortement dégradée depuis l’été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Dans ce territoire au statut non défini selon l’ONU, un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie.
Dans le sillage du geste de Paris envers Marrakech, les tensions avec Alger n’ont cessé ensuite de se multiplier. Parmi elles : l’enlèvement d’un influenceur algérien opposant au régime d’Abdelmadjid Tebboune en avril 2024, puis l’arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié un an plus tard par le président algérien. Autre exemple, l’inculpation d’un agent consulaire algérien en avril 2025 ou l’expulsion de douze agents de l’ambassade française à Alger quelques jours plus tard.
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Il avait fallu attendre l’arrivée au ministère de l’Intérieur de Laurent Nuñez, lequel a souvent prôné l’apaisement avec Alger, pour que les deux pays renouent le dialogue. Mais aussi une visite de Ségolène Royal qui, en février, s’était rendue à Alger où elle avait été reçue par le président Tebboune. L’ancienne ministre avait obtenu l’autorisation de rendre visite à Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Tous deux ont contribué à faire oublier la politique de Bruno Retailleau, l’ex-ministre de l’Intérieur qui avait cristallisé les crispations en tentant régulièrement d’aller au bras de fer.
Laurent Nuñez, lui, a relancé en février dernier la coopération sur les questions de sécurité. L’idée est même de « les densifier » en termes de coopération judiciaire, policière et de renseignement, d’après l’actuel patron de la place Beauvau. Autres objectifs de Laurent Nuñez : la lutte contre le narcotrafic et celle contre le terrorisme. Un domaine dans lequel l’Algérie a un rôle important à jouer car elle est frontalière de plusieurs pays du Sahel, comme le Niger et le Mali, en proie à des violences jihadistes récurrentes. La France souhaite également régler le dossier Christophe Gleizes, ce journaliste sportif français qui purge en Algérie une peine de sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
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Depuis, les autorités tentent de trouver un nouvel équilibre avec Alger. « On peut se faire respecter, on peut avoir une démarche de fermeté vis-à-vis d’un Etat sans pour autant rentrer dans une politique de non-contact », a relevé ce mercredi Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, lors du compte-rendu du Conseil des ministres.
T.G.

