Comment les espèces peuplent-elles la Terre et comment se retrouvent-elles à différents endroits du globe, malgré les océans ? Ces questions intriguent les chercheurs, y compris lorsqu’il s’agit d’étudier des dinosaures. Et certaines découvertes rendent les réponses encore plus complexes. Des chercheurs sont tombés sur des os fossilisés de Phosphatotitan khouribgaensis à Sidi Chennane, au Maroc. Leur analyse les a énormément étonnés.

Comme les paléontologues l’expliquent dans un article scientifique paru dans Diversity, cette espèce de dinosaure présente des caractéristiques très similaires à celles des Lognkosauria. Ce groupe de titanosaures n’avait pourtant jusqu’à présent été étudié, sous forme fossile bien sûr, qu’en Amérique du Sud.

Le dinosaure découvert au Maroc a plus de 70 millions d’années

Selon toute vraisemblance, le Phosphatotitan khouribgaensis aurait vécu dans le nord-ouest de l’Afrique il y a environ 70 millions d’années, à la fin du Crétacé. C’est ce qu’ont pu en dire les chercheurs en analysant leurs restes : des vertèbres, et des portions du sacrum et du pelvis. Cela laisse penser que les dinosaures étaient dispersés sur le supercontinent Gondwana, avant que l’Afrique et l’Amérique du Sud ne se séparent, il y a plus de 100 millions d’années.

Cela pourrait signifier l’existence d’un ancêtre commun entre les Phosphatotitan khouribgaensis et les Lognkosauria. Le Phosphatotitan khouribgaensis ressemble tout particulièrement, en plus petit toutefois, au Patagotitan. Ils ont en effet tous les deux « des os dorsaux et caudaux courts, une colonne vertébrale étendue et un pubis large », notent les auteurs de l’étude.

Une découverte qui remet en question tout le savoir sur l’évolution des dinosaures

Selon les premières estimations, le Phosphatotitan khouribgaensis était bien plus petit que le Patagotitan puisqu’il ne devait peser qu’entre 3,5 et 4 tonnes. Selon les chercheurs, ce doit être une marque de pression environnementale ou d’isolation géographique subies par le Phosphatotitan khouribgaensis. Plus précisément, les chercheurs suggèrent que l’Afrique du Nord ait pu fonctionner comme plusieurs îles pendant le Crétacé.

« La présence du Phosphatotitan khouribgaensis, comme d’autres hadrosauridés déjà étudiés, laisse penser qu’une faune endémique et unique de la fin du Crétacé, différente de celle observée dans le reste de l’Afrique, évoluait alors au Maroc », lit-on dans l’étude. S’ils ont raison et que des espèces endémiques de dinosaures peuvent avoir évolué dans certaines régions indépendamment d’autres, cela risque de rendre le travail des paléontologues plus difficile (et palpitant).