Premier producteur africain de lithium, le Zimbabwe cherche depuis plusieurs années à capter davantage de valeur dans une industrie où la transformation reste largement réalisée hors du continent. Le pays vient de franchir une étape dans cette stratégie, alors que la concurrence mondiale autour des métaux pour batteries s’intensifie.
La compagnie chinoise Zhejiang Huayou Cobalt a annoncé cette semaine l’expédition d’une première cargaison de sulfate de lithium depuis ses opérations au Zimbabwe. Le pays devient ainsi le premier du continent à commercialiser sur le marché international ce produit intermédiaire, qui peut être transformé en carbonate ou en hydroxyde de lithium, deux composés utilisés dans la fabrication de batteries pour véhicules électriques.
Selon les détails disponibles, la cargaison provient d’une usine achevée en octobre dernier par l’entreprise et dotée d’une capacité annuelle de 50 000 tonnes de sulfate de lithium. La taille de la cargaison n’a pas été précisée.
« Cette étape souligne l’émergence du pays comme un acteur clé de la chaîne de valeur mondiale du lithium et met en lumière les progrès réalisés en matière de transformation locale », a déclaré sur son compte X la filiale locale Prospect Lithium Zimbabwe, qui y voit « une preuve du rôle croissant de l’Afrique dans la transition énergétique mondiale ».
De la production à la transformation
L’annonce intervient quelques semaines après la suspension par les autorités zimbabwéennes des exportations de concentré de lithium, une mesure motivée par des irrégularités constatées dans les flux sortants. Plus tôt ce mois, Reuters a indiqué que le pays prévoit d’instaurer des quotas à l’exportation et d’imposer de nouvelles exigences en matière de transformation locale pour encadrer la reprise des expéditions.
Selon plusieurs sources concordantes, l’État exigerait des engagements écrits, assortis de calendriers précis, pour la mise en place d’unités de production de sulfate de lithium d’ici au 1er janvier 2027. D’ici là, les entreprises devront continuer de s’acquitter d’une taxe à l’exportation de 10 %. Une nouvelle interdiction des exportations de concentré est prévue à cette échéance.
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Plus grand producteur africain de lithium et deuxième fournisseur de la Chine, le Zimbabwe veut tirer davantage de revenus de ce secteur. En 2025, les exportations de concentré de spodumène ont progressé de presque 12 %, atteignant 1,13 million de tonnes contre 1,01 million un an plus tôt. Dans le même temps, les recettes ont légèrement reculé, en raison de la baisse des prix. Ces volumes ont en effet permis de générer 513,8 millions de dollars de revenus, contre 514,5 millions l’année précédente.
Dans ce contexte, cette première expédition constitue une avancée pour Harare, alors que plusieurs autres opérateurs développent également des projets similaires. Les sociétés chinoises Sinomine et Sichuan Yahua accélèrent notamment sur des unités de production de sulfate de lithium sur les mines de Bikita et Kamativi.
Pour le Zimbabwe, l’enjeu sera de tirer de cette dynamique des gains économiques tangibles. Le sulfate de lithium, en tant que produit intermédiaire, offre une valeur ajoutée supérieure au concentré, mais reste en deçà des produits finaux utilisés directement par l’industrie des batteries.
Plusieurs questions se posent au stade actuel. Le développement de cette filière permettra-t-il d’améliorer significativement les revenus du pays, ou constitue-t-il une étape vers des niveaux de transformation plus avancés ? Les dynamiques à venir apporteront des indications sur l’impact de cette stratégie.