Au Nigeria, la production de sucre reste embryonnaire, en dépit du potentiel de croissance. Si les capacités de raffinage se sont fortement développées ces deux dernières décennies, l’offre en matière première n’a pas suivi.
Le 21 avril dernier, Dangote Sugar Refinery (DSR), premier raffineur de sucre au Nigeria, a annoncé avoir soumis une émission de droits portant sur 8 097 918 827 nouvelles actions ordinaires au prix de 60 nairas (0,037 euros) par action. Cette opération, pilotée par plusieurs intermédiaires financiers, dont Meristem Stockbrokers Limited et Stanbic IBTC Stockbrokers Limited, devrait permettre de mobiliser environ 485,8 milliards de nairas (environ 301 millions d’euros).
Selon le groupe, les actionnaires inscrits au registre au 20 avril 2026 auront droit à deux actions nouvelles pour chaque bloc de trois actions détenues. Cette émission de droits survient à un moment où le groupe montre des signes de stabilisation après une période marquée par la dépréciation du naira et la hausse des coûts d’importation de sucre brut.
En 2024, Dangote Sugar avait enregistré une lourde perte nette d’environ 192,6 milliards de nairas (environ 119,3 millions d’euros), en grande partie due à des pertes de change et à l’impact de la réforme du marché des devises. En 2025, cette perte a été ramenée à environ 64,1 milliards de nairas (environ 39,7 millions d’euros), soit une réduction de plus des deux tiers, tandis que le chiffre d’affaires progressait d’environ 24,5 % pour atteindre près de 829,2 milliards de nairas (environ 513,7 millions d’euros).
Consolider l’implication dans la chaîne de valeur locale
Cette opération, déjà entérinée par les actionnaires lors de l’assemblée générale annuelle, doit permettre de renforcer les fonds propres de la société et de soutenir son expansion dans le cadre de sa stratégie du plan « backward integration » (BIP). Ce dispositif promu par les autorités fédérales impose aux industriels de développer leurs capacités de production locale en échange de droits d’importation sur des volumes déterminés de sucre brut, via un système de quotas.
Comme ses concurrents (Golden Sugar Company, BUA Sugar), DSR dépend encore largement des importations de sucre brut en provenance du Brésil pour alimenter sa raffinerie d’Apapa, dont la capacité installée atteint 1,4 million de tonnes par an.
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Pour réduire cette dépendance et sécuriser son approvisionnement, le groupe s’est engagé dans un vaste programme visant à développer la culture de canne à sucre et le raffinage intégré sur le territoire nigérian.
En avril 2024, il a notamment dévoilé un plan de production de 700 000 tonnes de sucre raffiné à partir de canne à sucre cultivée localement au cours des quatre prochaines années dans le cadre du BIP, un volume qui permettraient de couvrir près de 50% de la demande actuelle du marché nigérian en sucre raffiné. Au total, DSR veut produire sur 10 ans, 1,5 million de tonnes de sucre par an à partir de canne locale.
Pour atteindre ces objectifs, l’entreprise veut concentrer ses efforts sur la montée en puissance de ses sites intégrés que sont Numan (Adamawa), Nasarawa Sugar Company Limited à Tunga (État de Nasarawa) et Dangote Adamawa Sugar Limited.
L’usine de Numan fait déjà l’objet d’un programme d’expansion de sa capacité de broyage, passée de 3 000 à 9 800 tonnes de cannes par jour (TCD), avec une nouvelle extension prévue à 15 000 TCD pour accompagner les travaux de mise en valeur foncière qui doivent porter la superficie exploitée à 24 200 hectares d’ici 2029.
Des enjeux nationaux importants
L’initiative de Dangote Sugar s’inscrit dans un mouvement plus large où les autorités accélèrent des efforts pour réduire les importations. Si le pays est le troisième consommateur africain de sucre derrière l’Egypte et l’Algérie, il s’agit aussi du second importateur avec des achats qui ont atteint en 2024, plus de 700 millions USD (environ 598,7 millions d’euros) selon les données de la plateforme TradeMap.
Dans le pays, le gouvernement a déjà lancé la deuxième phase du National Sugar Master Plan (NSMP II) pour la période 20232033, avec un accent renforcé sur le développement des plantations de canne et les coproduits (éthanol carburant, cogénération électrique, aliments pour bétail).
Le Conseil national pour le développement du sucre (NSDC) a par ailleurs signé en août 2025, des accords avec quatre compagnies sucrières nigérianes implantées dans les États d’Oyo, du Niger, d’Adamawa et de Bauchi, en vue de développer des projets devant produire au total 400 000 tonnes de sucre par an, soit 100 000 t pour chaque site industriel. Plus tôt en février, l’organisme nouait un partenariat avec le Forum des gouverneurs (NGF), instance de concertation qui regroupe les dirigeants des 36 États de la fédération, afin de stimuler les investissements dans la filière sucrière.