Ahmad Bentaher
30 Avril 2026•Mise à jour: 30 Avril 2026
Le gouvernement marocain a annoncé, mercredi, la transmission au Parlement d’une proposition législative visant à accorder la nationalité marocaine aux enfants et petits-enfants des juifs marocains émigrés.
Le ministère marocain chargé des Relations avec le Parlement a indiqué avoir transmis à la Chambre des représentants « une pétition législative » dont les initiateurs demandent « l’octroi de la nationalité marocaine à tous les enfants et petits-enfants des juifs marocains émigrés ».
Cette annonce a été faite dans une publication diffusée sur le site électronique du « Portail national de la participation citoyenne », relevant du ministère chargé des Relations avec le Parlement.
Le ministère a précisé que la proposition a été adressée au président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami, en s’appuyant sur plusieurs références, notamment les orientations royales relatives aux droits des juifs marocains ainsi que sur les dispositions de la Constitution du Royaume.
La Constitution marocaine stipule que « le Royaume du Maroc est un État musulman souverain, attaché à son unité nationale et territoriale, et à la préservation de la cohésion des composantes de son identité nationale unifiée par la fusion de tous ses éléments : arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, enrichie par ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ».
Selon le Portail national, les auteurs de la proposition, dont le ministère n’a pas révélé les identités, affirment que celle-ci vise à « faire bénéficier les enfants et petits-enfants des juifs marocains de leurs droits constitutionnels, politiques, religieux, culturels, économiques, sociaux et autres », ainsi qu’à « favoriser leur intégration dans la société ».
D’après cette proposition, « un grand nombre » d’enfants et de petits-enfants de juifs marocains émigrés ont été « privés de la conservation de leur nationalité », contrairement aux juifs marocains résidant dans le pays, en raison de « l’éloignement géographique, des difficultés de déplacement et de la complexité des situations politiques, sécuritaires ou économiques dans les pays de résidence ».
Le ministère a souligné que la transmission de la proposition au président de la Chambre des représentants est intervenue « après avoir atteint le nombre légal de signatures de soutien ».
La législation marocaine fixe à 20 000 le nombre de signatures de citoyens et citoyennes nécessaire pour qu’une pétition soit transmise à la Chambre des représentants.
Les initiateurs de la pétition seront informés de la décision d’acceptation ou de rejet dans un délai maximal de 15 jours après l’examen du dossier par la Chambre, conformément aux procédures légales en vigueur.
Si la Chambre des représentants accepte d’examiner cette proposition législative, celle-ci suivra son parcours parlementaire habituel et, si elle est adoptée, entrera en vigueur après sa publication au Bulletin officiel.
La « pétition législative » est une proposition ou recommandation soumise par des citoyens, résidant au Maroc ou à l’étranger, via le Portail national de la participation citoyenne, dans le but de contribuer à l’élaboration des lois du pays, en vertu du droit que leur confère l’article 14 de la Constitution de 2011.
Aucune donnée officielle n’est disponible concernant le nombre de citoyens juifs marocains résidant à l’étranger ou dans le pays, dont la population totale s’élève à 37,4 millions d’habitants.
Toutefois, le Rapport international sur la liberté religieuse publié par le département d’État américain pour l’année 2023 estime à « environ 1 500 personnes » le nombre de juifs marocains, bien que d’autres sources avancent des chiffres plus élevés.
En décembre 2020, le Maroc et Israël ont repris leurs relations diplomatiques sous médiation américaine, une décision rejetée par plusieurs composantes populaires et forces politiques du Royaume. Cette reprise avait été suivie de visites de responsables israéliens à Rabat, avant un gel de facto avec le début de la guerre d’extermination menée contre Gaza.
Depuis le 8 octobre 2023, Israël mène à Gaza des attaques ayant fait plus de 72 000 morts palestiniens et plus de 172 000 blessés, en majorité des enfants et des femmes, tout en détruisant environ 90 % des infrastructures civiles.