Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc entre dans une nouvelle phase avec la préparation de son montage financier. Selon nos informations, la levée de fonds ne serait pas portée directement par ONHYM, mais par une société de projet dédiée, ou SPV, dont la création resterait suspendue aux autorisations nécessaires, notamment au feu vert du gouvernement marocain.
Le gazoduc Nigeria-Maroc entre dans une phase décisive. Après plusieurs années de maturation technique, diplomatique et institutionnelle, ce mégaprojet énergétique aborde désormais l’étape la plus sensible, celle de son financement. Estimée à près de 25 milliards de dollars, l’infrastructure doit relier les ressources gazières d’Afrique de l’Ouest au Maroc, avant une possible connexion vers le marché européen. Long de près de 6.900 kilomètres, le tracé doit combiner des segments offshore et onshore, dans une logique de développement progressif.
Une société de projet au cœur du montage
Au cœur de cette nouvelle séquence, la structuration financière du projet devrait passer par une société de projet dédiée. Selon nos informations, cette project company sera créée au Maroc sous forme de coentreprise entre l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et la Nigerian national petroleum company (NNPC). Elle aurait vocation à piloter le suivi d’exécution, la mobilisation du financement et la conduite des travaux du gazoduc. Aucun engagement financier final n’a encore été sécurisé à ce stade, assurent nos sources.
La levée de fonds ne serait pas portée directement par ONHYM
D’après nos informations, cette levée de fonds ne sera donc pas portée directement par l’ONHYM. Elle devrait être conduite par cette société de projet, ou SPV ( Special purpose vehicle ), une fois créée et pleinement opérationnelle. Pour l’heure, cette structure est en attente des autorisations réglementaires nécessaires, notamment lu feu vert des autorités marocaines. Sa mise en place constituerait ainsi un préalable central avant l’ouverture effective du processus de mobilisation des financements.
Ce choix de montage répond à la logique des grands projets d’infrastructure. Une SPV permet en effet d’isoler les actifs, les engagements, les revenus futurs et les risques liés au projet. Elle offre également un cadre plus lisible aux bailleurs de fonds, aux banques de développement, aux fonds souverains, aux investisseurs industriels et aux partenaires financiers susceptibles de participer au tour de table. Dans le cas du gazoduc Nigeria-Maroc, cette structuration apparaît d’autant plus stratégique que le projet devrait être développé par phases, avec des segments capables d’avancer de manière autonome.
Un corridor énergétique à vocation régionale
Le chantier reste lourd, tant sur le plan financier que réglementaire. Le projet doit associer plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et s’inscrire dans un cadre intergouvernemental encore en cours de finalisation. Sa vocation dépasse la seule exportation de gaz. Il est présenté comme un corridor d’intégration énergétique, destiné à soutenir la production électrique, l’industrialisation, les activités minières et l’accès à l’énergie dans les pays traversés, tout en renforçant le positionnement du Maroc comme plateforme énergétique entre l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et l’Europe.
La validation institutionnelle comme passage obligé
La prochaine étape sera donc déterminante. Avant toute levée significative, la société de projet devra être formellement constituée, validée par les autorités compétentes et dotée d’un mandat clair. C’est à ce niveau que devrait se jouer la première vraie séquence financière du gazoduc Nigeria-Maroc, un projet dont l’ambition régionale est désormais suspendue à la capacité de transformer un cadre politique en montage bancaire, industriel et institutionnel opérationnel.
L’IGA en toile de fond
L’Accord intergouvernemental (IGA), qui fixe le cadre des engagements et responsabilités des États parties, a été entériné en décembre 2024 à l’occasion du sommet de la CEDEAO, constituant une avancée majeure dans la structuration institutionnelle du projet. Sa signature officielle est prévue au cours de cette année 2026. Cet accord institue un dispositif de gouvernance reposant sur deux piliers complémentaires.
D’une part, la Haute Autorité du Gazoduc, une instance de nature politique regroupant des représentants de chaque État au niveau ministériel. Elle assurera la coordination stratégique ainsi que l’alignement des décisions entre les 13 pays partenaires. D’autre part, la Société de Projet, qui portera la dimension opérationnelle du projet. L’ensemble de ces mécanismes, définis par l’IGA, vise à garantir une gouvernance à la fois structurée, efficace et adaptée à l’envergure du projet.
S.R. / Les Inspirations ÉCO