La banque publique allemande KfW a officialisé mercredi son engagement à investir 32 millions de dollars (27,38 millions d’euros) dans le capital de l’assureur institutionnel africain ATIDI, transformant en actionnariat formel, un partenariat opérationnel mûri depuis 2017. L’opération concrétise également le pilier africain du Compact with Africa 2.0 déployé par l’Allemagne en Afrique.

KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau), banque publique allemande de financement du développement, agissant pour le compte de la République fédérale, a officialisé son investissement annoncé de 32 millions de dollars qui fait d’elle le treizième actionnaire institutionnel d’African Trade & Investment Development Insurance, le principal assureur multilatéral de risques politiques et de crédit du continent africain.

La signature de l’accord de souscription a eu lieu à Nairobi, le mercredi 29 avril 2026. L’apport se décompose en 18,4 millions de dollars financés par le budget du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et 13,6 millions de dollars provenant des ressources propres de KfW, selon le communiqué publié par ATIDI sur son site officiel.

La participation est classée en catégorie D2, statut réservé aux agences de crédit à l’exportation et aux entités publiques non africaines. Berlin attend de l’opération qu’elle déclenche jusqu’à 500 millions de dollars de flux commerciaux et d’investissements germano-africains.

« Cet événement renforce nos liens avec la KfW et ouvre de nouvelles opportunités aux investisseurs allemands en Afrique », a déclaré Manuel Moses, directeur général d’ATIDI, selon le communiqué publié sur le site de l’institution.

L’opération marque le point d’aboutissement de neuf années de coopération opérationnelle entre les deux institutions. KfW a déjà engagé plus de 130 millions de dollars dans l’écosystème ATIDI avant cette prise de participation au capital, à travers trois canaux distincts identifiés dans les communiqués officiels et le rapport annuel RLSF 2024 publié par ATIDI en octobre 2025.

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Trois strates existantes de collaboration

Première strate : la Regional Liquidity Support Facility (RLSF), un instrument lancé conjointement par ATIDI et KfW en 2017 pour couvrir les producteurs indépendants d’électricité renouvelable contre les retards de paiement des compagnies publiques. KfW y a engagé 31,6 millions d’euros de cash collateral, ainsi que 1,3 million d’euros d’assistance technique, selon le rapport RLSF 2024. Au 31 décembre 2024, KfW avait décaissé 20,6 millions d’euros pour financer six projets d’énergie renouvelable d’une capacité installée de 136,3 MW au Burundi, au Malawi et en Ouganda. Le programme indiquait avoir mobilisé 323 millions de dollars, selon les chiffres publiés par African Business en août 2025.

Deuxième strate : le financement de l’adhésion des États africains au capital d’ATIDI. Au nom du gouvernement allemand, KfW a soutenu l’adhésion de plusieurs pays africains avec plus de 100 millions de dollars de financement, selon le communiqué d’ATIDI publié mercredi. Le Burkina Faso et le Tchad ont rejoint l’institution début 2024 dans ce cadre, portant à 24 le nombre d’États membres africains. Le Mali, le Cameroun, le Sénégal et l’Angola avaient précédemment bénéficié de mécanismes d’appui similaires.

Troisième strate : le partenariat stratégique annoncé le 9 décembre 2024 portant sur l’accès au financement des PME et le commerce transfrontalier. ATIDI et KfW ont co-lancé à cette date le programme Portfolio Risk Sharing Agreement (PoRSA), instrument de partage de risque destiné aux institutions financières prêtant aux PME, ainsi qu’un soutien renforcé au Regional Customs Transit Guarantee Scheme de la COMESA, selon le communiqué publié sur le site d’ATIDI. Le programme cible particulièrement les PME dirigées par des femmes et opérant dans l’agriculture et le commerce transfrontalier.

Capital désormais mûri

L’apport de 32 millions de dollars représente environ 4% des fonds propres d’ATIDI, qui ont atteint 791,6 millions de dollars fin 2024, selon les données communiquées lors de l’assemblée générale de Luanda en juin 2025. La direction vise à atteindre le seuil d’un milliard de dollars de fonds propres d’ici trois ans. ATIDI a clôturé l’exercice 2024 avec 158,9 millions de dollars de revenus d’assurance, 29,8 millions de dollars de revenus de placements et 59,5 millions de dollars de bénéfice net, selon les données partagées par l’institution lors de la célébration de ses 25 ans.

L’institution est notée A/Stable par Standard & Poor’s depuis plus d’une décennie et A2/Stable par Moody’s depuis 2024, selon les communiqués des agences. Elle a soutenu 88 milliards de dollars de transactions commerciales et d’investissement depuis sa création en 2001, pour une exposition courante de 8,9 milliards de dollars. Ses 24 États membres africains lui confèrent un statut de créancier privilégié qui réduit la fréquence et la sévérité des sinistres souscrits.

L’opération s’inscrit dans la deuxième phase du Compact with Africa du G20, lancée sous la présidence allemande en 2017 et étendue à 15 pays africains après l’adhésion de la Zambie et de l’Angola en 2025. Le chancelier Friedrich Merz avait annoncé la souscription au capital d’ATIDI lors du sommet du G20 à Johannesburg en novembre 2025, en marge d’un engagement allemand de 3,2 milliards d’euros pour les pays du Compact, selon une déclaration publiée par la chancellerie fédérale allemande.

Le test de l’opération se mesurera sur quatre indicateurs au cours des 24 prochains mois : la part allemande effective du book d’ATIDI, le franchissement du seuil d’un milliard de dollars de fonds propres avant fin 2028, la décomposition du résultat 2025 entre bénéfice technique d’assurance et revenus de placements, et l’arrivée éventuelle d’autres gros actionnaires au capital. Le rapport annuel 2025 audité d’ATIDI à venir, sera un indicateur à surveiller.