La Côte d’Ivoire est la première économie de l’UEMOA, représentant 40% du PIB régional. Le pays s’impose également comme le premier exportateur d’électricité de l’Union.
En Côte d’Ivoire, le gaz produit servira d’abord à la génération d’électricité. C’est en résumé le message martelé par Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI qui se tenaient à Washington aux USA du lundi 13 au samedi 18 avril.
Pour le responsable, ce choix assumé répond à une logique qui promeut l’utilisation de cette source d’énergie comme un moteur de transformation de l’économie nationale, et non plus comme une simple source de recettes en devises étrangères.
« Il faut d’abord satisfaire la demande nationale avant de liquéfier le surplus de gaz pour l’exportation », a-t-il rappelé.
Un moteur pour la satisfaction de la demande locale et régionale
Cette réaffirmation du rôle crucial du gaz dans le mix électrique vient illustrer une réalité sur le terrain : cette énergie fossile est déjà l’un des principaux moteurs pour la satisfaction des besoins internes et des ambitions à l’export.
En effet, dans la première économie de l’UEMOA, la consommation d’électricité progresse de 10 à 15% par an, portée par l’augmentation du nombre de ménages raccordés, l’extension des programmes de connexion au réseau et une dynamique industrielle qui amplifie les besoins en énergie pour alimenter usines, services et infrastructures.
Face à ce boom, la production brute du réseau interconnecté est passée de 8608 GWh à 13 919 GWh entre 2015 et 2024, selon les données officielles, avec la part du thermique atteignant 75% de la production totale, contre environ 24% pour l’hydraulique et une contribution solaire encore marginale.
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Ce développement rapide des centrales thermiques à gaz a joué un rôle décisif pour non seulement répondre aux besoins mais aussi affirmer la Côte d’Ivoire comme exportateur net d’électricité vers le Mali, le Burkina Faso et le Ghana. En 2024, les exportations représentaient près de 5 % de la production nationale.
Le pays joue aussi un rôle pivot en tant que principal exportateur d’électricité et point de départ de l’interconnexion régionale CLSG (Côte d’Ivoire–Libéria–Sierra Leone–Guinée). Cette initiative, portée par le Système d’échange d’énergie électrique ouestafricain (WAPP), consiste en une ligne de transport haute tension de 225 kV d’environ 1 300 km, dotée de nouvelles sousstations, qui relie les réseaux des quatre pays pour permettre les échanges transfrontaliers d’électricité et l’acheminement de l’énergie ivoirienne vers les pays déficitaires.
Un secteur gazier au cœur de la stratégie de hub énergétique
Audelà de l’usage direct du gaz dans l’électricité, la Côte d’Ivoire structure désormais une véritable stratégie gazière, avec l’ambition de devenir un hub énergétique régional. L’essor de l’industrie pétrogazière doit permettre d’accélérer la croissance, que le gouvernement veut porter à 7,2% d’ici 2030, contre une moyenne de 6,5% sur la période 20212025.
L’un des principaux piliers de cette stratégie est le champ pétrogazier offshore Baleine, découvert en 2021 par l’italien Eni, à environ 70 km au large des côtes ivoiriennes. Ce gisement, considéré comme l’un des plus prometteurs du continent, recèlerait environ 2,5 milliards de barils de pétrole brut et 3300 milliards de pieds cubes de gaz naturel.
La production a démarré dès 2023 dans le cadre de la phase 1, la phase 2 est entrée en service fin 2024, et une phase 3 est en préparation pour porter la production à environ 150 000 barils de pétrole et 200 millions de pieds cubes de gaz par jour. La compagnie nationale PETROCI a d’ailleurs levé en avril 2026 quelque 200 milliards FCFA (soit environ 305 millions d’euros), en partenariat avec plusieurs banques locales et régionales, afin de sécuriser la phase 2 et préparer la phase 3 dudit projet.