« Ce doit être le moment du réveil ». Voilà le message qu’a souhaité faire passer Emmanuel Macron, à propos de l’Union européenne dans un entretien publié ce mardi 10 février par Le Monde et six autres médias européens. Une date qui n’a rien d’un hasard. Le président de la République est attendu ce jour sur le site d’ArcelorMittal à Mardyck (Nord), afin d’annoncer un soutien public majeur à un investissement pour la production d’acier décarboné par l’industriel, le premier du genre en Europe. Surtout, le président de la République est attendu en Belgique, à Anvers, mercredi, pour le troisième sommet industriel européen, qui sera consacré à la compétitivité.
« Il faut protéger notre industrie. Les Chinois le font, les Américains aussi. L’Europe est aujourd’hui le marché le plus ouvert du monde. Face à ça, il ne s’agit pas d’être protectionniste, mais d’être cohérent, c’est-à-dire de ne pas imposer à nos producteurs des règles qu’on n’impose pas aux importateurs non européens », développe le chef de l’État.
La veille, son haut-commissaire au plan, Clément Beaune, a dévoilé un rapport cinglant sur la montée en puissance de l’appareil productif chinois, quelques mois après la publication d’un rapport du cabinet Rexecode du même acabit. « Sur le marché intérieur, jusqu’à 55 % de la production manufacturière européenne seraient menacées à moyen terme si les tendances actuelles se prolongent », est-il écrit dans le rapport présenté lundi 10 février, en précisant des écarts de coûts de 30 à 40 % avec l’industrie chinoise « à qualité comparable ».
Lancer des plans d’investissement européens sur quelques domaines
Afin de contrer le destin funeste promis à l’industrie européenne, dont l’Allemagne serait la première victime, le président de la République propose que l’Europe investisse massivement dans les secteurs d’avenir tels que les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile, ou la défense « parce que nous avons face à nous des concurrents déloyaux, qui ne respectent plus les règles de l’Organisation mondiale du commerce ».
Pour ce faire, Emmanuel Macron appelle à un approfondissement du marché unique européen, fort de 450 millions de consommateurs, ainsi que l’union des marchés des capitaux, en passant pour la mobilisation de l’épargne européenne. « En Europe, nous avons le plus grand stock d’épargne au monde, 30 000 milliards d’euros. Mais elle finance notre dette, et pour le reste part à l’étranger », poursuit-il. Une manne financière que le locataire de Bercy veut mobiliser prioritairement vers l’IA, le quantique, la défense, la sécurité et les technologies de transition écologique, afin de soutenir ses secteurs à hauteur de 1200 milliards d’euros, investissements publics et privés confondus.
À titre de comparaison, le rapport Draghi, consacré à la compétitivité de l’Union européenne, appelait quant à lui à une mobilisation de 800 milliards d’euros par an en matière d’investissement.
« Dès lors que le budget européen est contraint, c’est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir. Il faut des grands programmes européens, pour financer les meilleurs projets. »
Emmanuel Macron parle dès lors d’« une opportunité inédite, qui permettrait aussi de s’attaquer à l’hégémonie du dollar ». Une prise de position pas anodine. Depuis plusieurs mois, le taux de change euro/dollar est en défaveur de la monnaie unique européenne et affaiblit de fait les exportateurs européens.
Certains parlent même de droits de douane supplémentaires déguisés. Pour mémoire, en plus de droits de douane à hauteur de 30 % contre la Chine pour protéger l’industrie européenne, le haut-commissaire au plan Clément Beaune propose une dépréciation de l’euro face aux monnaies chinoise et américaine. Son message semble avoir été entendu.