Kanye West pourra-t-il vraiment performer en Europe ? La partie européenne de sa tournée mondiale, prévue en juin et juillet, est sérieusement perturbée après l’annulation de plusieurs dates, en raison de ses propos antisémites tenus en public et dans son œuvre. Mais si certains pays refusent de voir le rappeur américain fouler leur territoire national, d’autres en profitent pour attirer la superstar : ce samedi 2 mai, le ministre albanais de la Culture, Blendi Gonxhe, a annoncé que «Ye» allait se produire en concert au mois de juillet dans la capitale, à Tirana.

Des dates qui peinent à afficher complet

Visiblement peu bouleversé par les sorties haineuses de Kanye West, également connu pour avoir glorifié Adolf Hitler, le ministre se félicite de sa venue. Et le pays de l’est ne fait pas les choses à moitié : ce concert, programmé le 11 juillet, se tiendra dans une structure spéciale en cours de construction, afin d’accueillir 60 000 personnes. L’événement, dit Blendi Gonxhe, «marque une nouvelle étape pour faire de l’Albanie une destination pour les grands événements culturels».

Pourtant, l’avenir de la tournée européenne de «Ye» semble incertain. Ses concerts prévus à Londres et en Pologne ont été annulés, ainsi qu’un projet de concert à Bâle, en Suisse. Le Royaume-Uni a carrément interdit l’entrée du territoire au chanteur, ce qui a entraîné l’annulation d’un festival de musique tout entier à Londres où il devait se produire trois soirs en juillet. En Pologne, les gestionnaires du stade où le rappeur devait se produire le 19 juin ont également annulé l’événement. Pour la France, Kanye West a annoncé lui-même le report de son concert prévu le 11 juin à Marseille, face à l’opposition grandissante des autorités de la ville et du gouvernement.

Désormais, les seules dates européennes restantes pour Kanye West sont aux Pays-Bas, les 6 et 8 juin, en Italie, le 18 juillet, en République tchèque, le 25 juillet, en Espagne le 30 juillet et au Portugal, le 7 août. Mais certaines sont aussi menacées d’annulation, quand d’autres peinent à afficher complet, comme c’est le cas au Metropolitano Stadium à Madrid ou le Stade portugais de l’Algarve.

Le concert en Italie bientôt annulé ?

Les Pays-Bas, n’ont pas prévu d’annuler ses concerts prévus à Arnhem, arguant qu’un risque pour l’ordre public ou la sécurité nationale était nécessaire pour justifier une interdiction. Sa venue en Italie, en tête d’affiche du Hellwatt Festival à Reggio Emilia, fait des remous. La communauté juive de la ville, des groupes antifascistes, des syndicats et des responsables politiques de tout bord réclament désormais l’annulation du concert.

«Il est temps d’entamer la même réflexion que nos partenaires européens ont déjà eu le courage de mener», a lancé mi-avril l’eurodéputée italienne Pina Picierno, également vice-présidente du Parlement européen chargée de la lutte contre l’antisémitisme. Et de déplorer : «Le Royaume-Uni a refusé le visa. La France a bloqué le concert de Marseille. Pendant ce temps, l’Italie reste les bras croisés avec 68 000 billets vendus, comme si de rien n’était». Pour elle, «on ne peut pas condamner l’antisémitisme au niveau institutionnel et ensuite permettre à une scène en Émilie-Romagne de devenir le porte-voix de ceux qui ont transformé l’esthétique nazie en divertissement de masse.» D’après le quotidien italien Gazzetta Di Reggio, des rumeurs circulent depuis plusieurs jours concernant l’annulation de l’événement et la résiliation du contrat du rappeur par les organisateurs.

Fausses excuses

Le musicien de 48 ans, autrefois célébré pour son écriture musicale originale et ses productions à succès, a perdu ces dernières années de nombreux fans et plusieurs contrats commerciaux après des propos antisémites et racistes, qu’il impute à son trouble bipolaire. Il avait notamment affirmé en 2023 qu’il «adorait les nazis», mis en vente un t-shirt orné d’une croix gammée sur son site web et sorti en mai 2025 un titre baptisé «Heil Hitler», interdit par les principales plateformes de streaming. En 2025 toujours, l’artiste aux 24 Grammys avait diffusé une chanson à la gloire d’Hitler le 8 mai, date du 80e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Si l’artiste s’est excusé publiquement dans le Wall Street Journal début janvier, et a même proposé d’organiser une rencontre avec des membres de la communauté juive, cette soudaine quête du pardon, qui coïncide avec la sortie de son nouvel album Bully et de son grand retour sur la scène internationale, sonne faux auprès de certains, pas près de pardonner à Ye pour le mal qu’il a pu causer.