Les dépenses les plus élevées d’Afrique
Plus d’armement que d’éducation et de santé
Coopération militaire avec la Russie
Sa rivalité régionale avec le Maroc et le risque lié au fait de partager une frontière avec certains pays de l’une des régions les plus instables du monde, le Sahel, ont contraint l’Algérie à augmenter ses dépenses militaires ces dernières années.
Les dépenses les plus élevées d’Afrique
Selon les données de la récente étude « Tendances des dépenses militaires mondiales 2025 », publiée par l’Institut international d’études pour la paix de Stockholm (SIPRI), l’Algérie arrive en tête tant de la région de l’Afrique du Nord que du continent africain en termes de dépenses militaires absolues en 2025, avec 25,4 milliards de dollars, soit 11 % de plus qu’en 2024.
Un chiffre qui représente près de la moitié des dépenses militaires cumulées de tous les pays africains, qui s’élevaient à 58,2 milliards de dollars, soit 8,5 % de plus que l’année précédente et la troisième année consécutive de croissance.
Par rapport au total des dépenses publiques annuelles du pays, les dépenses militaires de l’Algérie ont représenté 25 %, ce qui en fait le deuxième pays au monde à y consacrer le plus grand pourcentage, juste derrière l’Ukraine, pour des raisons évidentes.

L’Algérie a dépensé 25,4 milliards de dollars en armement en 2025 – REUTERS/ RAMZI BOUDINA
Plus d’armement que d’éducation et de santé
En pourcentage du produit intérieur brut (PIB), les dépenses militaires de l’Algérie s’élèvent à 8,8 %, dépassant tous les autres secteurs. À titre de comparaison, les dépenses de santé représentent 6,17 %, tandis que celles consacrées à l’éducation atteignent à peine 5,61 %.
Ce pari du gouvernement algérien sur le renforcement de son potentiel militaire se fait au détriment d’une population qui se trouve dans une situation économique de plus en plus désespérée : dans le classement mondial des pays par PIB, l’Algérie occupe une modeste 53e place. Si l’on considère le PIB par habitant (le PIB divisé par la population), les 5 335 euros placent ce pays du Maghreb à la 111e place sur un total de 196, ce qui signifie qu’il affiche un niveau de vie extrêmement bas.
Une situation confirmée par l’indice de développement humain (IDH), un indicateur utilisé par l’ONU qui se compose de données telles que l’espérance de vie, l’éducation (taux d’alphabétisation, taux brut de scolarisation aux différents niveaux et taux net de fréquentation) et des indicateurs de revenu par habitant. Selon cet IDH, l’Algérie occupe la 93e place mondiale.

Le taux de chômage en Algérie avoisine les 11 % et le salaire minimum s’élève à 135,2 euros – REUTERS/ RAMZI BOUDINA
D’autres données qui révèlent la situation économique difficile du pays sous le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune sont le classement dans l’indice Doing Business (157e place mondiale) ; un taux de chômage > supérieur à 11 % ; et un salaire minimum d’à peine 135,2 euros par mois.
En comparaison, les dépenses de défense par habitant du pays s’élèvent à 479 euros, soit trois fois et demie le salaire minimum mensuel d’un travailleur algérien.
Coopération militaire avec la Russie
Une grande partie du budget militaire de l’Algérie est consacrée au financement de l’achat d’armement provenant de Russie, allié traditionnel du pays maghrébin et l’un de ses principaux fournisseurs d’armes, notamment les chasseurs Sukhoi Su-57.

Un chasseur russe Sukhoi Su-27 vole dans l’espace aérien international près des États baltes – REUTERS/RAF/MoD/Crown Copyright/Photo fournie par Reuters
Les analystes internationaux désignent cette alliance d’intérêts comme l’une des raisons de l’augmentation des dépenses militaires de l’Algérie ces dernières années. Un autre facteur tient à sa proximité avec le Sahel, une zone d’énorme instabilité internationale, où se sont succédé des coups d’État dans lesquels la Russie a joué un rôle important.
D’autre part, les tensions diplomatiques provoquées par l’Algérie avec l’autre grande puissance régionale, le Maroc, constituent un autre argument qui expliquerait l’intérêt du gouvernement de Tebboune pour l’augmentation des dépenses militaires, même au détriment de la situation économique de sa propre population.