Recrutement de « petites frappes », sabotages, cyberattaques, désinformation… Partout en Europe, la Russie multiplie les actions hostiles. Car si « la guerre en Ukraine est un objectif très important pour Vladimir Poutine, elle n’est pas une fin en soi », estime Céline Marangé, chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem). Dans son livre « La guerre d’Europe a commencé » (1), paru le vendredi 30 avril, elle explique comment le Kremlin s’active aussi à « affaiblir l’Union européenne et déstabiliser l’Otan ». Son réarmement, l’augmentation de son budget, le renforcement de son armée et l’endoctrinement de sa jeunesse indiquent, selon elle, que le pays se prépare pour une guerre de longue haleine.

Pourquoi un tel acharnement guerrier de Vladimir Poutine ?

L’impérialisme et le revanchisme sont ses motivations profondes. L’Ukraine cristallise les deux. Poutine considère que les Ukrainiens sont des Russes qui s’ignorent. Son but est de détruire l’État et de subjuguer la population, de nier son identité. Selon lui, l’Ukraine n’aurait pas dû exister. Trois jours avant l’invasion [le 24 février 2022], il a tenu un discours dans lequel il expliquait que c’était de la faute de Lénine si on avait donné une entité, une existence administrative à l’Ukraine. Il nourrit aussi une envie de revanche par rapport aux pays occidentaux et avant tout aux États-Unis. Il n’a jamais accepté la perte de puissance que l’effondrement de l’Union soviétique a induite pour l’État russe [en 1991].

D’où les opérations de déstabilisation des États européens ?

Absolument. La guerre en Ukraine est un objectif très important, mais elle n’est pas une fin en soi. C’est aussi un moyen de diviser l’Union européenne et de décrédibiliser l’Otan. La Russie est très insatisfaite des arrangements de sécurité trouvés à la fin de la Guerre froide, notamment des élargissements de l’Otan [Traité de l’Atlantique nord]. Elle n’accepte pas l’idée que les pays d’Europe centrale et orientale, qui ont appartenu au pacte de Varsovie ou à l’Union soviétique, puissent vouloir…