La peur de se moderniser accentue le retard de La Réunion

4 mai, par Manuel Marchal

Pendant que des pays africains osent se moderniser, d’autres s’enferment dans des logiques dépassées. À quelques milliers de kilomètres de La Réunion, un signal fort est en train d’émerger depuis l’Éthiopie : celui d’un développement ambitieux, souverain et tourné vers la transition écologique.

Un chantier stratégique… et déjà décarboné

À Bishoftu, près d’Addis-Abeba, se construit l’un des plus grands aéroports du monde. Mais ce n’est pas seulement sa taille qui impressionne. Sur ce chantier, ce sont déjà des dizaines de camions lourds électriques — fabriqués en Chine — qui assurent les opérations logistiques.

50 véhicules sont déjà en service, 42 autres arrivent. Une décision politique claire : réduire la dépendance aux énergies fossiles et intégrer dès aujourd’hui les technologies propres dans les infrastructures de demain.

Ici, pas de demi-mesures. On investit dans l’avenir, on anticipe les mutations, on construit une économie résiliente.

Une vision politique de décolonisation

Avec une capacité prévue de 60 millions de passagers dès sa première phase, et jusqu’à 110 millions à terme, cet aéroport incarne une ambition nationale forte. L’Éthiopie ne subit pas la mondialisation : elle s’y positionne, en intégrant les enjeux climatiques et technologiques.

Ce partenariat avec la Chine n’est pas un hasard. Il s’inscrit dans une logique de coopération stratégique, loin des dépendances héritées et de la colonisation européenne.

À La Réunion, l’argent public au service des énergies du passé

Et pendant ce temps, que se passe-t-il à La Réunion ?

Ici, les transporteurs routiers, pourtant parmi les principaux émetteurs de CO₂, continuent de bénéficier d’aides publiques pour compenser la hausse des carburants. Un système à bout de souffle, qui revient à soutenir les profits des multinationales pétrolières.

Plutôt que d’accompagner une transition vers des flottes propres, on préfère maintenir artificiellement un modèle dépendant du diesel. Résultat : aucune transformation structurelle, aucune anticipation, aucune vision.

Une urgence : changer de cap

Ce contraste est brutal, mais révélateur. D’un côté, un pays africain qui investit dans l’innovation et la souveraineté énergétique. De l’autre, un autre pays africain qui reste prisonnier de choix politiques à courte vue.

La question est simple : combien de temps encore allons-nous financer le retard ?

L’exemple de Bishoftu doit servir d’électrochoc. La transition écologique ne se décrète pas, elle se construit. Et elle commence par des choix politiques courageux.

À La Réunion, il est temps de sortir de la dépendance au pétrole et de mettre l’argent public au service de l’intérêt général — pas de celui des énergies fossiles.

M.M.