Le 3 mars, un méthanier russe dérive en flammes au large de la Libye. L’Arctic Metagaz — navire de la « flotte fantôme » utilisée par la Russie pour contourner les sanctions occidentales et financer son effort de guerre contre l’Ukraine — chargé de 61 000 tonnes de gaz, vient d’être frappé par des drones. L’équipage, 30 marins, est évacué sain et sauf. Le navire, lui, ne coule pas. Il brûle, puis part à la dérive, carcasse flottante carbonisée en pleine Méditerranée.
A close-up of a massive breach in the hull of the russian gas tanker Arctic Metagaz after an explosion caused by a Ukrainian naval drone near the coast of Libya 👁👁 https://t.co/kpcJndjxOM pic.twitter.com/5Yp16J3vJk
— Kate from Kharkiv (@BohuslavskaKate) March 30, 2026
Selon Associated Press, les auteurs de cette frappe seraient ukrainiens, des experts en drones opérant — chose cette fois inattendue — depuis des bases militaires dans l’ouest de la Libye, contrôlé par le Gouvernement d’unité nationale reconnu par l’ONU. La plupart, détaille Forbes, seraient installés sur la base aérienne de Misrata, tandis que d’autres sont présents à Tripoli, la capitale, et à Zaouïa, ville côtière.
La présence ukrainienne en Libye
Mais que feraient des opérateurs ukrainiens en Libye ? « Après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022, quelques opérations de sabotage ont eu lieu en Libye, notamment la destruction d’un avion cargo russe coûteux en décembre 2023 sur la base aérienne d’al-Jufrah », rappelle à Forbes Jalel Harchaoui, du Royal United Services Institute (RUSI). « Ces incidents, qui n’ont causé aucune victime russe, sont depuis longtemps suspectés d’avoir été en grande partie menés par des opérateurs ukrainiens, probablement avec l’aide de l’OTAN. »
Ainsi, « il est tout à fait plausible que, avec la connaissance et l’accord tacite des puissances de l’OTAN — principalement les États-Unis, mais aussi le Royaume-Uni et la Turquie — plusieurs petits groupes d’opérateurs ukrainiens soient désormais présents dans la région de Tripoli », indique Jalel Harchaoui.
Une attaque au Magura V5
Depuis plusieurs années, Kiev mène des opérations bien au-delà de ses frontières. Au Soudan, déjà, des drones ont visé des intérêts russes. En Syrie, ils auraient soutenu les rebelles ayant renversé Bachar al-Assad en décembre 2024. Mais l’épisode libyen marque un changement d’échelle. Ici, pas de petits drones FPV transportables. L’attaque a été menée par des drones maritimes sophistiqués, comparables à ceux utilisés en mer Noire par Kiev contre la flotte russe, les Magura V5. Lancé à pleine vitesse, il touche essentiellement la salle de moteurs qui se remplissent rapidement d’eau, ce qui bloque le bateau.
Il est probable que l’appareil soit venu directement de la côte libyenne. Selon des sources anonymes de RFI, la base tenue par les Ukrainiens dans la ville de Zaouïa, à environ 50 kilomètres au nord de la capitale, tout près du complexe pétrolier de Mellitah, serait entièrement équipée pour le lancement de drones aériens et navals. Les experts ukrainiens occupent un terrain accordé par le GNU, et avec un accès direct à la mer. Des travaux y ont été menés en octobre et novembre dernier afin de fortifier le lieu et l’équiper de pistes et des antennes nécessaires. Une chose certaine : l’incident confirme les efforts ukrainiens continus en mer Noire pour anéantir la marine russe.