L’acteur Jean Reno qui part au bord de la mer avec sa Jaecco, dans une pub pour le groupe chinois Chery. Ou Daniel Craig au volant d’une voiture chinoise aux faux airs d’Aston Martin pour servir sa majesté Denza, la marque haut de gamme de BYD. Dans un contexte où l’industrie automobile européenne tire la langue, les constructeurs chinois sont à l’offensive sur le Vieux continent. Pékin, qui a ouvert le 24 avril les portes du plus grand salon auto du monde sous le thème « L’avenir de l’intelligence », avance sur plusieurs fronts. Médiatique donc, mais aussi événementiel : un défilé a eu lieu à l’Opéra de Paris pour BYD début avril. Et industriel.

Les marques chinoises négocient en effet pour se servir, partager ou acquérir de lignes d’assemblage en Europe. Selon Auto infos, une délégation du constructeur Dongfeng aurait visité le site breton de Stellantis près de Rennes, qui fabrique la Citroën C5 Aircross. Leapmotor, lui, compte produire deux modèles dans une usine Stellantis dont il est partenaire à Saragosse (Espagne) aux côtés des Peugeot 208, Opel Corsa et Lancia Ypsilon. XPeng assemble des modèles en kit en Autriche quand BYD, qui a demandé à adhérer à l’Association des constructeurs européens (ACEA), va ouvrir une usine en Hongrie.

L’Europe en planche de salut

Il faut dire que les véhicules chinois ont de belles cartes en main : des avancées technologiques, des prix attractifs, des batteries qui tiennent la route… Méconnues sur le continent il y a encore trois ans, des marques comme SAIC MG, BYD, Chery Auto, Leapmotor ou Xpeng ont atteint 9 % des ventes de voitures en Europe en mars, 14 % des voitures électriques, selon le cabinet Dataforce. Deux fois plus qu’il y a un an.

En surproduction chez eux et confrontés à une rude concurrence domestique, les constructeurs chinois voient l’Europe comme une planche de salut. Et selon les spécialistes, pour prendre pied sur le marché européen, il est plus simple de produire localement. « Pour éviter les taxes douanières et les problèmes de transports », a confié à l’AFP Lionel French Keogh, directeur commercial de Chery France. Et puis vendre, c’est bien, mais assurer le SAV, c’est mieux, et avoir suffisamment de pièces détachées dans des temps raisonnables, c’est rassurant. C’est pourquoi la Chine à ouvert un autre front, avec des ouvertures de concessions, de services SAV et l’extension rapide des réseaux de distribution, un peu plus nombreux chaque jour.

Une opposition trop « binaire »

Les constructeurs européens sont-ils en danger ? Pas si vite. « Ce débat se réduit trop souvent à une opposition binaire entre l’Europe et la Chine alors que la réalité industrielle, faite de chaînes de valeur imbriquées, est plus nuancée, explique à 20 Minutes Athina Argyriou, présidente déléguée de la Chambre syndicale internationale de l’Automobile et du Motocycle (CSIAM). La Chine est devenue « l’adversaire » commode de nos discussions, d’autant plus qu’elle nous dispense d’interroger nos propres choix. Bien sûr, il existe des sujets concrets : asymétries d’accès au marché, subventions, pratiques qui appellent des réponses européennes fermes […] Mais brandir la menace chinoise sert trop souvent à esquiver les vraies questions, comme pourquoi nos industries ont-elles perdu en compétitivité ? », interroge la présidente.

En France, la dynamique des ventes des voitures chinoises est plus modérée que dans d’autres pays européens, probablement du à l’attachement des Français aux marques « nationales », Peugeot et Renault. Mais cela continuera-t-il ? « Ce qui fait la réalité industrielle d’un pays, ce n’est pas le nom inscrit sur le siège social d’un constructeur, c’est la localisation des usines, les équipementiers, l’ingénierie, assure Athina Argyriou. Et d’ajouter : un véhicule assemblé hors d’Europe peut faire vivre des équipementiers, des ingénieurs et des technologies européennes. Et l’inverse est vrai : produire certains modèles ailleurs est parfois ce qui permet d’ancrer chez nous la fabrication de véhicules à plus forte valeur ajoutée. »

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Conduira-t-on tous des voitures chinoises prochainement ? La réponse, aujourd’hui, c’est plutôt non, car l’avenir semble s’orienter vers un marché mixte, où constructeurs européens et chinois cohabiteront. « Aujourd’hui, plus de 80 % de l’offre automobile commercialisée en Europe est fabriquée en Europe, souligne Athina Argyriou. Nous continuerons, très majoritairement, à conduire des véhicules à fort ancrage industriel européen. »