Continent aussi riche que complexe, muni de ressources stratégiques, l’Afrique et sa croissance insolente aux yeux européens fait aussi face à des défis, de financement notamment mais aussi de souveraineté. Entretien avec Thomas Melonio, chef économiste de l’Agence Française de Développement.
LA TRIBUNE AFRIQUE – L’Afrique continue d’être un continent en croissance…
THOMAS MELONIO – La croissance en Afrique est assez stable dans le temps. La seule exception à long terme a été la première année Covid, qui a vraiment été un choc fort. Sinon, lorsqu’on prend l’ensemble du continent, nous sommes sur un niveau de croissance qui est structurellement relativement élevé et relativement constant dans le temps. C’est une croissance qui s’établit toujours autour de 4%. On imagine souvent une variabilité très forte sur le continent mais quand on agrège, ce n’est pas ce que l’on observe. Quand on observe l’Afrique toute agrégée, le niveau de croissance est équivalent à celui de l’Asie, elle aussi prise de façon toute agrégée.
L’Afrique n’est pas toujours perçue ainsi…
C’est pour cela qu’il est intéressant de regarder la perspective continentale dans un premier temps, même si elle gomme beaucoup d’hétérogénéité, c’est un regard qu’il faut avoir. Et si on regarde l’augmentation progressive – lorsqu’un continent a plus de croissance que la moyenne mondiale, cela signifie que sa part relative augmente. C’est un fait incontestable. Évidemment on part d’un niveau, d’un volume qui est plus bas pour la taille de l’économie africaine et le delta va être moindre que la croissance asiatique mais la dynamique est intéressante à regarder.
Autre idée reçue à battre en brèche, on pense souvent Afrique égale continent des ressources minières, pétrolières ou d’hydrocarbures brutes. En fait, la dynamique à moyen terme sur les pays extractifs n’est pas très bonne. Elle est plutôt moins bonne que les pays diversifiés, côtiers, de services… Les économies diversifiées sont à 6%, 7% de croissance quand les économies extractives font face à de la variabilité. Par exemple, l’impact de la guerre au Moyen-Orient va être positive pour les pays fortement extractifs mais qui ne sont pas très nombreux, à l’échelle du continent, une dizaine.