En Afrique du Sud, la hausse des coûts de l’électricité fragilise les industries énergivores, poussant les acteurs à repenser leurs modèles d’approvisionnement dans un contexte de transition énergétique.

La compagnie publique sud-africaine d’électricité Eskom et le groupe minier South32 préparent une nouvelle solution d’approvisionnement électrique pour la fonderie d’aluminium Hillside. Selon l’annonce faite par les deux partenaires le 28 avril dernier, ladite solution doit entrer en service en 2031, à l’expiration de leur contrat courant de fourniture d’électricité. L’objectif est de sécuriser l’alimentation de ce site stratégique en intégrant une part d’électricité renouvelable à coût compétitif.

Située dans la province du KwaZulu-Natal, l’usine dispose d’une capacité de production de 720 000 tonnes par an. Elle constitue la plus grande fonderie d’aluminium de l’hémisphère sud, et un actif central pour l’industrie sud-africaine. Le site soutient 3 650 emplois directs et indirects, et contribue à environ 29 000 emplois dans l’économie.

Il alimente en outre l’industrie locale de transformation d’aluminium, un secteur qui représente environ 1% du PIB national. Cette importance industrielle s’explique entre autre par son intensité énergétique. En effet, la fonderie consomme en continu environ 1 140 MW chaque minute, ce qui en fait l’un des plus grands consommateurs d’électricité du pays.

Une équation énergétique à résoudre

Le projet verra la mise en place d’un groupe de travail conjoint chargé d’identifier des mécanismes permettant d’injecter de l’électricité renouvelable dans le réseau national, tout en assurant une alimentation continue grâce à des capacités complémentaires. Cette approche vise à concilier deux impératifs : maintenir la compétitivité industrielle de la fonderie, et accompagner la transition du système électrique vers un modèle moins carboné.

L’initiative survient dans un contexte de forte hausse des coûts de l’électricité en Afrique du Sud, multipliés par près de dix depuis 2008. Cette évolution a fragilisé les industries électro-intensives, dont plusieurs installations ont été contraintes de fermer. Pour éviter une désindustrialisation plus marquée, les autorités ont mis en place des tarifs préférentiels pour les grands consommateurs, une solution toutefois considérée comme transitoire.

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Pour South32, l’enjeu est d’autant plus crucial que le groupe a récemment été confronté à des difficultés similaires au Mozambique. Sa fonderie Mozal a été placée en maintenance en mars 2026, après l’échec des négociations visant à garantir un approvisionnement électrique suffisant et abordable. Ce coup d’arrêt illustre la dépendance structurelle des fonderies d’aluminium à une énergie fiable et compétitive, et renforce l’intérêt de sécuriser l’avenir de la fonderie.

Un test pour la transition énergétique sud-africaine

Au-delà du cas de South32, le projet s’inscrit dans une transformation plus large du secteur énergétique sud-africain. Eskom cherche à intégrer davantage d’énergies renouvelables dans un système historiquement dominé par le charbon, tout en préservant sa base industrielle. La baisse progressive des coûts des technologies renouvelables constitue un levier, mais leur intégration suppose des solutions permettant de garantir une fourniture continue d’électricité.

Le défi reste donc autant technique qu’économique. Les fonderies fonctionnent en continu et nécessitent une alimentation stable, ce qui impose de combiner les énergies intermittentes avec des dispositifs de flexibilité. Par ailleurs, la fin des contrats à tarifs préférentiels oblige à concevoir des modèles d’approvisionnement viables sur le long terme.

La solution attendue à partir de 2031 devra ainsi répondre à une double exigence : assurer la compétitivité de Hillside et s’inscrire dans la trajectoire de décarbonation du pays. Son aboutissement dépendra des conditions réglementaires, de l’évolution du marché de l’électricité et de la capacité des partenaires à structurer une offre durable. Elle constitue, en ce sens, un test pour l’avenir des industries électro-intensives en Afrique du Sud.