Le cadre de l’ONU et le poids croissant de la proposition marocaine

Position de l’Algérie

Le Front Polisario

Un rôle algérien de plus en plus remis en question dans le processus

Un processus en transition

La récente interview du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a remis le Sahara occidental au premier plan du débat politique, à un moment où la question réapparaît plus fréquemment à l’ordre du jour international. 

Dans ses déclarations, Tebboune a de nouveau qualifié le conflit de processus qui « suit son cours dans le cadre des Nations unies ». Une idée qui est désormais courante dans le discours algérien, même si cette fois-ci, le ton a été perçu comme un peu plus modéré. On retient surtout qu’il n’y a pas eu de référence directe au plan d’autonomie marocain, qui, à d’autres occasions, avait occupé une place plus centrale dans ses critiques. 

Cette absence a donné lieu à différentes interprétations. Certains y voient une simple réitération de la ligne officielle de l’Algérie, sans changement de fond. D’autres, cependant, interprètent le contexte de manière plus large, non pas tant comme un changement de position, mais comme un ajustement de ton dans un contexte international où le débat se déroule sous l’influence de la pression diplomatique et de l’évolution de l’équilibre régional. 

El presidente argelino Abdelmadjid Tebboune - AP/ FATEH GUIDOUM
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune – AP/ FATEH GUIDOUM

Le cadre de l’ONU et le poids croissant de la proposition marocaine

Le Sahara occidental reste sous le cadre formel des Nations unies par le biais de la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental), déployée depuis 1991. Son mandat actuel reste axé sur la supervision du cessez-le-feu et le soutien à un processus politique qui, dans la pratique, reste sans issue définitive. 

L’élément le plus marquant dans l’évolution récente du dossier est la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU (2025). Ce texte ne modifie pas le statut juridique du territoire ni n’impose de solution, mais il introduit une nuance politique importante : pour la première fois de manière claire, le Conseil reconnaît la proposition d’autonomie présentée par le Maroc comme une base « sérieuse et crédible » pour avancer vers une solution politique négociée. 

<p>Staffan de Mistura - REUTERS/ DENIS BALIBOUSE
Staffan de Mistura – REUTERS/ DENIS BALIBOUSE

Ce changement n’implique pas un revirement formel du cadre onusien, mais il affecte la manière dont s’articulent les discussions diplomatiques. Dans la pratique, le langage du Conseil de sécurité est passé d’une référence générique à des « solutions mutuellement acceptables » à une place plus centrale accordée à l’initiative marocaine en tant qu’option de travail. 

Parallèlement, divers acteurs internationaux — notamment les États-Unis et les principales puissances européennes et latino-américaines — ont progressivement aligné leur discours sur l’idée que l’autonomie sous souveraineté marocaine représente une voie plus viable que d’autres propositions qui sont bloquées depuis des décennies sans avancées substantielles. 

Le Maroc a tiré parti de ce changement de perspective en renforçant son activité diplomatique, en élargissant ses soutiens en Afrique et en consolidant sa proposition comme référence principale dans le débat politique international sur le Sahara occidental. 

Position de l’Algérie

Du côté d’Alger, la position officielle n’a pas connu de changements notables ces dernières années. Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé à plusieurs reprises que le Sahara occidental doit continuer d’être considéré comme un processus de décolonisation en cours, et que toute issue passe nécessairement par le principe d’autodétermination du peuple sahraoui dans le cadre des Nations unies. 

Dans sa dernière interview, il a insisté sur le soutien de l’Algérie au processus impulsé par l’ONU et au rôle de l’envoyé personnel du secrétaire général. Cette continuité traduit une position stable sur le plan diplomatique, mais donne également l’impression d’une approche peu flexible face à l’évolution du contexte régional. 

Parallèlement, une lecture différente du rôle de l’Algérie a gagné du terrain dans l’analyse internationale. Alors que le Maroc a renforcé sa présence en tant qu’interlocuteur actif dans la recherche d’une solution politique, Alger est perçue dans de nombreux forums comme un acteur passif dans l’élaboration d’un accord opérationnel, laissant le champ libre au Front Polisario. 

El presidente de Argelia, Abdelmadjid Tebboune, se dirige a la 78.ª sesión de la Asamblea General de la ONU en Nueva York, EE. UU., el 19 de septiembre de 2023 - REUTERS/ MIKE SEGAR
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, aux États-Unis – REUTERS/ MIKE SEGAR

Le Front Polisario

Parallèlement, le Front Polisario continue de jouer son rôle d’interlocuteur dans le cadre du processus parrainé par les Nations unies, défendant sans relâche la tenue d’un référendum d’autodétermination comme issue au conflit. Cette position n’a pas changé sur le fond, même si, à certains moments, son discours a adopté un ton un peu plus ouvert à des scénarios de négociation, sans pour autant renoncer à sa revendication centrale. 

Pourtant, le contexte dans lequel évolue le mouvement est aujourd’hui plus complexe qu’auparavant. Sa présence dans certains espaces diplomatiques internationaux a perdu une partie du poids qu’elle avait par le passé, et le niveau de soutiens explicites dont il bénéficiait s’est sensiblement réduit dans certains milieux occidentaux. De plus en plus de pays, notamment en Europe et en Amérique latine, rejettent l’organisation et les aspirations d’une RASD. 

En revanche, l’initiative d’autonomie marocaine a gagné en visibilité et en soutien dans les forums politiques et diplomatiques, ce qui a modifié l’équilibre des perceptions autour du conflit. Ce glissement n’implique pas de changement formel du cadre de l’ONU, mais il influence la manière dont les priorités sont établies dans les discussions internationales. 

Dans ce contexte, le Polisario reste fortement dépendant du soutien politique, économique et diplomatique de l’Algérie, qui continue d’agir comme son principal soutien régional. Cette relation conditionne largement sa marge de manœuvre et renforce le lien entre les deux acteurs sur un échiquier où les dynamiques externes pèsent de plus en plus sur l’évolution du conflit. 

Brahim Ghali, secretario general del frente Polisario  - REUTERS/ RAMZI BOUDINA
Brahim Ghali, secrétaire général du Front Polisario  – REUTERS/ RAMZI BOUDINA

Un rôle algérien de plus en plus remis en question dans le processus

L’un des éléments les plus significatifs qui ressort de l’interview de Tebboune n’est pas tant ce qu’il affirme explicitement, mais ce qu’il omet. L’absence d’une proposition alternative concrète ou d’un rôle plus actif dans la médiation a relancé le débat sur l’implication réelle de l’Algérie dans le processus. 

Alors que le Maroc a endossé un rôle proactif dans la promotion de son initiative d’autonomie et que les États-Unis agissent en tant que médiateur direct dans les pourparlers, l’Algérie se maintient dans une position de soutien indirect au Polisario sans participer formellement à la définition d’une solution politique. 

Cette approche a conduit certaines analyses internationales à percevoir une marginalisation progressive du rôle algérien dans la dynamique des négociations, non pas tant en raison de son absence formelle, mais plutôt du manque d’implication directe dans l’élaboration de scénarios de compromis. 

Un processus en transition

Les déclarations d’Abdelmadjid Tebboune reflètent une continuité dans la position officielle de l’Algérie, mais elles témoignent également d’un contexte en mutation. Le ton plus modéré de l’interview, la place croissante du cadre des Nations unies sur le plan pragmatique et l’avancée de la proposition marocaine dessinent un scénario dans lequel l’équilibre traditionnel du conflit est en train d’évoluer. 

Le Sahara occidental reste un dossier ouvert, mais la dynamique actuelle laisse entrevoir une influence croissante des solutions fondées sur l’autonomie au sein de la souveraineté marocaine, tandis que le rôle de l’Algérie et du Front Polisario reste ferme sur le plan discursif, bien qu’avec une capacité d’influence moindre sur l’architecture pratique de la négociation.