Une équipe internationale de scientifiques menée par l’Université de Mayence, incluant Raphaëlle Chaix et Léa Guyon, deux chercheuses françaises du CNRS et du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, a analysé les génomes de 258 individus issus de nécropoles du Ve siècle dans le sud et l’ouest de l’Allemagne. Leur étude publiée dans la revue Nature et partagée par le CNRS vient bouleverser le récit de la déferlante germanique.

Depuis le XIXe siècle, les scientifiques avaient théorisé les « grandes invasions ». À partir de 375 après J.-C., les Germains ont tenté de fuir des envahisseurs venus d’Asie en bousculant l’Empire romain qui était déjà en déclin. Ces derniers ont alors morcelé les différents royaumes et imposé leurs valeurs et leur système féodal.

L’héritage romain comme socle commun

Les résultats de cette vaste analyse génomique montrent qu’après la fin du pouvoir romain (vers 470 après J.-C.), des descendants des populations du nord de l’Europe ont rencontré des individus génétiquement très divers. Si l’étude souligne que ces individus « appartenaient à une population civile et militaire locale d’origine romaine », rejoignant alors les théories diffusées au XIXe siècle, les scientifiques ont été en mesure d’affiner ces informations.

Selon eux, la plupart de leurs ancêtres du Nord étaient déjà installés dans la région avant 470 après J.-C. Ils expliquent aussi cette diversité génétique par l’histoire des mouvements des populations romaines. Au fil des siècles, elles ont elles-mêmes intégré des influences venues de toute l’Europe et de l’Asie, de part des mouvements associés à l’armée romaine. Le métissage qui a suivi l’effondrement de l’Empire romain apparaît alors comme un phénomène local puisque tous ces groupes étaient voisins et qu’ils se sont progressivement mélangés.

Des familles aux coutumes similaires à celles de l’Europe moderne

Cette étude résumée dans un communiqué de presse du CNRS publié mercredi 29 avril met aussi en lumière des découvertes inédites sur la vie quotidienne de ces communautés rurales. Les deux anthropologues françaises expliquent que l’organisation familiale de ces individus ressemble en de nombreux points à celle de l’Europe contemporaine.

Au sein des nécropoles, les chercheuses ont remarqué que les membres d’une même famille étaient enterrés ensemble. Les unions étaient par ailleurs monogames et les données génétiques indiquent une prohibition de l’inceste. Généralement, les fils restaient vivre dans le même village que leurs parents, tandis que les filles allaient vivre chez leur mari. Ces découvertes indiquent que les normes sociales romaines ont contribué à structurer la vie des Européens, même après l’effondrement de Rome.

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