L’Algérie a engagé, le 7 février dernier, la procédure officielle de dénonciation de la convention relative aux services aériens, signée avec les Émirats arabes unis en 2013 et ratifiée en décembre 2014. La notification a été transmise par voie diplomatique aux autorités émiraties ainsi qu’au secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), conformément à l’article 22 de l’accord. Cette démarche ouvre une période transitoire d’environ douze mois avant que la rupture ne devienne juridiquement effective.

L’accord bilatéral définissait les conditions de survol, d’escales non commerciales ainsi que le transport de passagers, de bagages et de marchandises entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, tout en assurant un accès équitable aux aéroports et aux infrastructures.

Aujourd’hui, Air Algérie et Emirates assurent des vols réguliers entre les deux pays. En revanche, le projet de liaison directe entre Abu Dhabi et Alger par Etihad Airways, prévu pour novembre 2025, n’a jamais été lancé. Selon Etihad, le lancement avait été « reporté temporairement », en raison de formalités administratives et diplomatiques non encore obtenues. Depuis, la ligne a été retirée des programmes de vols.

La dénonciation de la convention prive les compagnies émiraties de leur base juridique pour opérer librement une fois la période transitoire achevée. Elle ouvre la voie à une suspension ou à une réduction significative des droits de trafic, des fréquences et des privilèges d’exploitation.

Un impact potentiel sur les corridors aériens régionaux

Les répercussions dépassent le simple cadre bilatéral. En raison de sa taille et de sa position géographique, l’Algérie constitue un corridor aérien stratégique entre le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Un durcissement des règles de survol obligerait les compagnies du Golfe à contourner son espace aérien, entraînant des temps de vol plus longs et des coûts accrus. Des perturbations susceptibles d’affecter le transport de passagers, le tourisme et le fret, avec des conséquences potentielles sur les échanges commerciaux et les investissements.

Aucune justification officielle n’a été communiquée par Alger. La décision intervient toutefois dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes avec Abu Dhabi. En octobre 2025, le président Abdelmadjid Tebboune avait déclaré que les relations de l’Algérie avec les pays du Golfe étaient bonnes « à l’exception d’un seul », une allusion largement interprétée comme visant les Émirats arabes unis, qu’il accusait d’ingérence et de tentatives de déstabilisation.

Les Émirats adoptent la prudence

Du côté émirati, la réaction reste mesurée. L’Autorité générale de l’aviation civile des Emirats arabes unis (GCAA) a indiqué que les vols se poursuivent normalement pendant la période transitoire et que la notification algérienne n’a pas d’effet immédiat sur les horaires ni sur la sécurité des passagers. Elle affirme maintenir la coordination avec Alger dans le respect des cadres juridiques et diplomatiques.

À moyen terme, deux scénarios se dessinent. La rupture pourrait devenir effective et entraîner l’arrêt des liaisons directes ainsi que des droits de survol, recentrant le marché sur Air Algérie. Elle pourrait aussi ouvrir la voie à une renégociation avant l’échéance légale, dans un cadre plus restrictif et politiquement conditionné. Dans tous les cas, le transport aérien apparaît désormais comme un levier diplomatique au cœur d’une relation bilatérale marquée par des enjeux de souveraineté, de sécurité et de concurrence économique.