Alors que les États-Unis accusent Bruxelles de lenteur dans l’application de l’accord commercial conclu l’an dernier, les Vingt-Sept cherchent à éviter une escalade et à sécuriser rapidement un compromis,
Bruxelles tente de désamorcer une nouvelle montée des tensions commerciales avec Washington. Les pays de l’Union européenne poussent désormais à une mise en œuvre rapide de l’accord commercial conclu l’an dernier avec les États-Unis, afin d’éviter une hausse imminente des droits de douane sur le secteur automobile, ont indiqué lundi des diplomates européens.
Au cœur de l’urgence : la menace brandie par Donald Trump d’augmenter dès la semaine prochaine les droits de douane sur les voitures et les camions européens à 25 %. Une décision justifiée par le président américain par le non-respect, selon lui, de l’accord signé à Turnberry, en Écosse, en juillet dernier.
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Neuf mois après la conclusion politique du texte, l’Union européenne n’a toujours pas supprimé les droits de douane sur les biens industriels américains, comme prévu initialement. Le processus législatif, déjà complexe, a en outre été ralenti par plusieurs épisodes de blocage au Parlement européen, entre tensions politiques et inquiétudes sur la réciprocité des engagements américains.
Accélération du calendrier
« Les Américains ont finalisé l’accord, mais pas les Européens – c’est pourquoi j’espère que nous pourrons parvenir à un accord le plus rapidement possible », a déclaré lundi sur la chaîne ARD le chancelier allemand Friedrich Merz, dont l’industrie automobile est en première ligne face à la menace de surtaxes.
Dans ce contexte, les négociations entre le Parlement européen et le Conseil doivent reprendre mercredi. Plusieurs États membres plaident pour une accélération du calendrier afin d’éviter une escalade commerciale, ont précisé des diplomates européens. Manfred Weber, président du Parti populaire européen, a lui aussi appelé à une conclusion rapide des discussions pour permettre un vote définitif « ce mois-ci ».
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Mais l’équation reste délicate. Les eurodéputés ont introduit plusieurs garde-fous dans le texte, reflet d’une méfiance persistante à l’égard de l’attitude américaine. Un calendrier accéléré pourrait donc se heurter à ces exigences internes. Pour Ignacio García Bercero, chercheur chez Bruegel et ancien négociateur commercial européen, la pression américaine n’est pas neutre. « L’UE devrait prendre le temps nécessaire pour conclure un accord, sans céder à la pression ni s’engager dans une escalade », estime-t-il.
Rencontre à Paris
Sur le terrain diplomatique, les discussions se poursuivent également. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, doit rencontrer mardi à Paris son homologue américain Jamieson Greer, en marge d’une réunion ministérielle du G7. Une rencontre organisée dans un climat tendu, alors que Washington multiplie les accusations de lenteur contre Bruxelles. « Le président a décidé que si les Européens n’appliquaient par l’accord dès maintenant, nous n’avions pas de raison de le faire », a affirmé Jamieson Greer sur CNBC, estimant que l’Union européenne « n’a rien fait » malgré ses engagements.
La Commission européenne rejette fermement cette lecture. « Nous mettons en place l’accord depuis le départ et restons totalement engagés dans le respect de nos engagements », a répondu son porte-parole Thomas Regnier. Selon lui, Bruxelles a maintenu un dialogue constant avec Washington et les procédures internes avancent, même si elles prennent du temps.
L’exécutif européen insiste sur le caractère normal du processus institutionnel, rappelant que le Parlement a approuvé l’accord sous condition et que les États membres doivent encore finaliser son application. « Des progrès sont réalisés », assure la Commission, qui dit vouloir « rassurer l’autre rive de l’Atlantique ». Face aux menaces de représailles commerciales américaines, Bruxelles tente pour l’instant d’éviter l’escalade. « Nous n’allons pas partir dans une escalade de menaces. Nous nous concentrons sur la mise en place » de l’accord, a insisté Thomas Regnier. Mais le rapport de force transatlantique, lui, continue de se tendre autour de l’automobile européenne.