Au premier semestre de l’exercice 2025, OCP Group a dégagé un chiffre d’affaires consolidé de 52,16 milliards de dirhams (4,9 milliards d’euros environ), en progression de 21% sur un an. Cette performance, selon les états financiers publiés le 25 septembre dernier, s’appuie sur la demande indienne, mais aussi sur la dynamique soutenue des exportations vers l’Europe, qui représentent 21 % des ventes du groupe.
Contexte favorable
L’industriel marocain, premier exportateur africain d’engrais et quatrième au niveau mondial derrière la Russie, la Chine et le Canada, bénéficie d’un contexte international marqué par des tensions sur l’offre. En effet, le prix des engrais est passé de 520 $/tonne au premier semestre 2024 à 589 $/tonne un an plus tard, selon le rapport de l’entreprise. Cette hausse s’explique par l’augmentation du coût du soufre et par une demande mondiale supérieure aux volumes disponibles.
Dans ce contexte, l’entreprise marocaine a renforcé sa présence dans plusieurs zones stratégiques. L’Amérique du Sud constitue la première destination avec 26 % du chiffre d’affaires, suivie par l’Europe (21 %), l’Inde (19 %) et l’Afrique (18 %). De plus, elle a poursuivi l’expansion de ses capacités de production d’engrais avec la réalisation de nouveaux projets. En juillet dernier, sa filiale Nutricrops a ainsi inauguré sur la plateforme industrielle de Jorf Lasfar une ligne de production de triple superphosphate (TSP) d’une capacité annuelle de 500 000 tonnes.
Selon les données publiées par l’entreprise, la demande en Europe s’inscrit dans une tendance de fond, liée à la nécessité de sécuriser les approvisionnements agricoles après la crise énergétique et alimentaire des dernières années. Les importations européennes d’engrais marocains apparaissent comme un levier de stabilité pour les filières agricoles du Vieux Continent, tout en renforçant les recettes en devises du Royaume chérifien.
Une convergence stratégique Maroc-Europe
Au-delà des résultats semestriels, les données de l’exercice 2024 montraient déjà le poids du marché européen dans la stratégie d’OCP. L’Europe avait représenté 21 % du chiffre d’affaires consolidé de l’entreprise à l’époque, un niveau alors comparable à celui de l’Afrique (21 %), mais inférieur à l’Amérique du Sud (25 %). Le rapport annuel précise que les ventes d’acide phosphorique ont progressé de 27,8 % entre 2023 et 2024, portées par une hausse des volumes exportés vers l’Europe, en particulier en Turquie et en Belgique. Les ventes d’engrais ont également profité d’une reprise de la demande en Allemagne.
Selon OCP Group, cette orientation se traduit aussi par des partenariats de recherche avec des acteurs européens sur les engrais bas carbone et par l’adaptation de ses gammes aux standards environnementaux de l’Union européenne. Le groupe souligne également le rôle des investisseurs européens dans le financement de sa stratégie de décarbonation, via les émissions obligataires durables placées sur les marchés financiers.
Ces éléments illustrent assez bien le lien entre le champion marocain et l’Europe, qui dépasse le seul cadre des exportations. Il s’inscrit dans une convergence stratégique où l’approvisionnement agricole européen et la transformation industrielle marocaine se croisent et se renforcent mutuellement, dessinant une chaîne de valeur intégrée qui lie de plus en plus étroitement les besoins du marché européen aux capacités de production et de valorisation du Maroc. La question est désormais de savoir si cette relation se consolidera face à la volatilité des marchés mondiaux et aux pressions concurrentielles d’autres grands exportateurs comme la Russie ou la Chine.