Dans un contexte de tensions commerciales et géopolitiques accrues, le continent africain devient un marché économique concurrentiel, sur lequel lorgnent les grandes puissances. Un défi de taille pour l’Union européenne, qui gagnerait à y renforcer sa présence, selon un récent rapport sénatorial.

C’est un continent qui concentre d’importants gisements de minerais stratégiques, du cuivre au lithium, en passant par le cobalt, indispensables aux batteries électriques, à la construction d’éoliennes ou encore dans l’industrie de la défense. Alors que le continent africain aiguise l’intérêt de pays comme les États-Unis ou la Chine, l’Union européenne doit consolider sa place de partenaire avec les pays africains, recommande un rapport sénatorial sur la nouvelle donne du commerce mondial, publié en décembre dernier.

« Au-delà des enjeux liés aux matières premières critiques, l’Afrique représente un important potentiel de croissance pour les entreprises européennes », affirme le document, qui avertit que « sans présence économique durable, le marché africain pourrait être perdu au profit d’autres acteurs ».

« C’est désormais un espace de concurrence économique intense, où s’affrontent puissances établies et nouveaux acteurs, tandis que les États africains affirment davantage leurs priorités stratégiques et diversifient leurs partenariats », déclare le sénateur Jean-Luc Ruelle, co-rapporteur du document.

Il cite notamment la Chine, la Turquie, les pays du Golfe, l’Inde et la Russie, qui « occupent désormais des positions visibles dans de nombreux secteurs stratégiques. Quant à la France, sa présence économique s’est « progressivement érodée au cours des 20 dernières années, passant de 15% de part de marché à 7,5%. »

L’Union européenne est « le principal partenaire commercial du continent », avec un volume d’échange de 355 milliards d’euros en 2024: les importations européennes depuis l’Afrique représentaient 188,5 milliards d’euros et les exportations de l’UE vers l’Afrique 166,1 milliards d’euros, selon les données de la Commission européenne. Des accords commerciaux préférentiels permettent par ailleurs à 90% des exportations africaines de pénétrer le marché européen en franchise de droits.

Cependant, le pouvoir d’achat est encore insuffisant, face aux produits moins chers venus de Chine, de Turquie ou encore d’Asie du Sud-Est.

« Cette situation doit conduire les entreprises européennes à développer des biens et services adaptés aux marchés africains », préconise le rapport.Minerais stratégiques et opportunités économiques

Selon les données agrégées dans le document, le continent africain recèle 30% des « réserves connues » de minerais stratégiques, dont plus de 50% des réserves de cobalt et de manganèse et plus de 20% de bauxite (utilisé pour la production d’aluminium) et de cuivre. L’Afrique assure « plus des deux tiers de la production mondiale de cobalt », 30% de celle du lithium et 15% des terres rares – au cœur des enjeux géostratégiques et économiques, alors que la Chine dispose d’une situation de quasi-monopole sur cette industrie.

Le deuxième plus grand pays d’Afrique, la République démocratique du Congo, concentre l’essentiel de la production de cobalt et avait stoppé son exportation pendant sept mois, de février à septembre 2025, avant de reprendre en instaurant des quotas. Un conflit qui dure depuis plus de trois décennies ravage l’Est du pays et la présence de nombreux groupes armés se répercute fortement sur l’activité minière.

La RD Congo a notamment signé des partenariats concernant les minerais stratégiques avec l’Union européenne en 2023, les États-Unis en décembre 2025. « Ces accords peuvent représenter une opportunité, à condition qu’ils ne se limitent pas à l’extraction des ressources destinées à l’exportation brute », affirme Jean-Luc Ruelle. Le pays « ne doit plus être un simple ‘gisement du monde’ resté pauvre ».

Outre la RD Congo, l’Union européenne a conclu des partenariats stratégiques avec quatre autres pays africains concernant les matières premières critiques: Afrique du Sud, Namibie, Rwanda et Zambie.

Nouvelle approche et diplomatie économique

Pour renforcer les relations commerciales entre l’Union européenne et l’Afrique, le rapport préconise la mise en place d’un « véritable partenariat stratégique », qui doit sortir du cadre politique et diplomatique pour englober la sphère économique. Le continent africain doit être appréhendé « comme un moteur de croissance économique à part entière », peut-on lire dans le rapport.

Le sénateur explique le concept de « diplomatie économique »: « elle correspond à l’utilisation concrète des leviers de l’État pour défendre nos intérêts économiques à l’international ». Elle repose sur un écosystème qui regroupe le ministère des Affaires étrangères, les ambassades, les conseillers du commerce extérieur et les réseaux d’entrepreneurs, les chambres de commerce, Business France, BpiFrance.

Il salue d’ailleurs la récente décision, datée du 9 janvier, du ministère des Affaires étrangères de créer une direction dédiée à la souveraineté et à la sécurité économiques. « Cette évolution marque une prise de conscience », pour protéger les intérêts industriels et sécuriser les approvisionnements, dans ce contexte de tensions accrues qui mêlent commerce international et enjeux géopolitiques.

« La diplomatie économique, c’est la politique étrangère quand on accepte que la souveraineté passe aussi par les chaînes de valeur, les minerais, l’énergie et le numérique », conclue-t-il.Le monde qui bouge - L'Interview : Rwanda/RDC, regain de tension dans la région - 12/12Le monde qui bouge – L’Interview : Rwanda/RDC, regain de tension dans la région – 12/12