Face à la hausse des coûts énergétiques, aux contraintes climatiques et à la dépendance aux importations de carburants, l’Ouganda engage une transformation de fond de son secteur des transports, en misant sur la mobilité électrique.
Le gouvernement ougandais a dévoilé le 30 avril dernier une feuille de route visant à faire basculer entièrement les transports publics et les motos vers l’électrique d’ici 2030. Cette orientation s’inscrit dans plusieurs cadres stratégiques nationaux, dont le quatrième Plan national de développement, et la stratégie nationale d’e-mobilité.
« Le gouvernement de l’Ouganda a positionné l’e-mobilité comme un levier clé du développement durable », a indiqué Winstone Katushabe, commissaire national à la régulation et à la sécurité des transports.
Une stratégie adossée à l’industrialisation et aux infrastructures
Le déploiement de cette stratégie repose sur une montée en régime de la production locale et une expansion des infrastructures. Les autorités visent l’installation d’au moins 3 500 stations de recharge publiques d’ici 2030, avec un point de charge tous les 50 km sur le territoire.
En parallèle, l’industrialisation locale est encouragée, notamment à travers Kiira Motors, dont la capacité de production peut atteindre 10 000 véhicules électriques par an. Récemment, indique le responsable, des bus électriques ont été testés sur l’axe Jinja – Iganga, et devraient être introduits dans la capitale Kampala, dans le cadre de projets pilotes.
La dynamique industrielle s’accélère, avec une part de contenu local dans la fabrication passée de moins de 10% en 2021 à environ 40% aujourd’hui, et plus de 25 000 véhicules électriques déjà produits, a souligné la Ministre de la Science, de la Technologie et de l’Innovation, Monica Musenero. Le gouvernement prévoit de renforcer cette tendance en relevant les taxes sur certains composants importés, pouvant être fabriqués localement.
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Le secteur privé contribue également au développement des infrastructures de recharge et de stations d’échange de batteries, tandis que les autorités travaillent à l’élaboration de normes et de cadres réglementaires pour accompagner le déploiement. Cette transition répond à des impératifs économiques et énergétiques.
Dans de nombreux pays africains, les carburants pour le transport routier représentent entre 2% et 6% du PIB en devises, exposant les économies aux fluctuations des marchés pétroliers. L’électrification permettrait de réduire cette dépendance en s’appuyant sur des ressources énergétiques locales.
Elle offre également un avantage économique direct. Selon le gouvernement le coût total de possession d’un véhicule électrique représente environ 60 % de celui d’un modèle diesel, tandis que le coût de l’énergie se situe entre 10 % et 22 % de celui des carburants fossiles.
Des objectifs économiques, sociaux et climatiques affichés
Le programme ougandais ambitionne ainsi de générer plus de 15 milliards USD (plus de 12,8 milliards d’euros) par an, de contribuer à hauteur de 12,5% au PIB, et de créer plus de 500 000 emplois verts. Il s’inscrit aussi dans les engagements climatiques du pays, avec des perspectives de réduction des émissions et d’amélioration de la qualité de l’air, dans un contexte où la pollution atmosphérique reste un enjeu sanitaire majeur.
Malgré ces ambitions, les défis restent importants. Le déficit d’infrastructures de recharge constitue le principal frein à l’adoption. « L’un des plus grands défis actuellement est l’infrastructure de recharge. Nous pouvons avoir les véhicules, mais nous devons nous assurer que l’infrastructure est prête », a souligné Winstone Katushabe, appelant à éviter une reproduction mécanique de modèles étrangers sans adaptation aux réalités locales.
L’accès à une électricité fiable sur l’ensemble du territoire, le coût initial encore élevé des véhicules et la structuration des chaînes de valeur locales constituent d’autres obstacles. À ce stade, plus de 5 000 motos électriques circulent dans le pays, soit moins de 1 % du parc, ce qui laisse entrevoir un potentiel de croissance significatif.