Emmanuel Macron, Friedrich Merz, le Kényan William Ruto ou encore le président sud-africain Cyril Ramaphosa comptent au nombre des participants d’une nouvelle rencontre de l’Union européenne (UE) et de l’Union africaine (UA), à l’heure où le continent africain s’affirme comme un nouvel espace de compétition entre Américains, Chinois et Russes.
En marge du sommet, les dirigeants européens poursuivront leurs concertations sur le plan américain pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Une rencontre sur le sujet est prévue lundi matin à Luanda, à l’invitation d’Antonio Costa.
Le sommet de Luanda, septième rencontre du genre, marque les 25 ans des relations entre l’UA et l’UE.
« Les défis auxquels nous sommes actuellement confrontés – le changement climatique, la transformation numérique, la migration irrégulière, les conflits et l’insécurité – ne connaissent pas de frontières », ont souligné lundi le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
« Il nous faut répondre à ce monde multipolaire par une coopération multipolaire. Ensemble, l’Afrique et l’Europe peuvent montrer la voie », assurent-ils dans une déclaration commune.
L’UE demeure le principal partenaire commercial de l’Afrique: les échanges de biens et de services ont atteint 467 milliards d’euros en 2023, selon Bruxelles.
Mais les Européens ont subi des revers, parfois alimentés par le ressentiment envers le passé sanglant des anciennes puissances coloniales et par la concurrence de la Chine, dont les grands projets d’infrastructure sont bienvenus sur le continent. La Russie, elle, a profité de la perte d’influence de la France dans son ancien pré carré pour devenir le partenaire sécuritaire de plusieurs pays.
« Crédibilité »
Les États du Golfe et la Turquie ont également élargi leur présence, offrant aux nations africaines davantage d’opportunités commerciales et, par ricochet, un plus grand pouvoir de négociation vis-à-vis de l’UE, explique Geert Laporte de l’ECDPM, un groupe de réflexion européen.
« Nous ne sommes plus dans cette situation où l’Europe était le seul partenaire », constate-t-il. Les capitales de l’UE doivent désormais proposer une « offre suffisamment attrayante pour battre » la concurrence.
Cela nécessite des investissements dans les infrastructures, l’énergie et les projets industriels qui génèrent de l’emploi et de la croissance économique en Afrique, loin de la perception parfois négative laissée sur le continent par les précédents sommets: de belles intentions mais peu d’actes concrets.
« L’Afrique ne cherche pas de nouvelles déclarations, mais des engagements crédibles et réalisables », résume le porte-parole de l’UA, Nuur Mohamud Sheekh.
Les chefs d’État et de gouvernement discuteront des moyens de juguler l’immigration illégale vers l’Europe, un thème qui a nourri ces dernières années le discours et les gains électoraux de nombreux partis d’extrême droite sur le Vieux Continent.
Les questions de sécurité et une initiative diplomatique pour accorder à l’Afrique une voix plus forte dans les instances de gouvernance mondiale telles que le Conseil de sécurité de l’ONU et la Banque mondiale seront également à l’ordre du jour.
Le renforcement des échanges commerciaux aussi, dans un contexte de droits de douane américains imposés aux membres des deux blocs.
L’UE devrait offrir son expertise pour aider à développer le commerce intra-continental africain, qui ne représente actuellement qu’un maigre 15 % du total du commerce continental, selon des diplomates interrogés par l’AFP.
Elle cherchera également à sécuriser des minerais stratégiques nécessaires à sa transition écologique et à réduire sa dépendance à la Chine pour les terres rares essentielles aux technologies et aux produits électroniques.
Certains projets seront inclus dans la Global Gateway, un vaste plan d’infrastructure censé contrer l’influence croissante de la Chine à l’échelle mondiale.
« La crédibilité de l’Europe dépend désormais de sa capacité à soutenir la réalisation de projets qui créent de la valeur en Afrique, et pas seulement de la visibilité pour Bruxelles », analyse Ikemesit Effiong, du cabinet de conseil SBM Intelligence au Nigeria.