En Afrique, les énergies renouvelables sont en pleine expansion, portée par l’ajout de capacités hydroélectriques, éoliennes et solaires. Sur ce dernier segment, l’Égypte fait partie des principales locomotives du continent.
En Égypte, le solaire photovoltaïque n’a pas fini son essor. Selon les dernières prévisions publiées par le cabinet de conseil britannique GlobalData le 28 avril dernier, la capacité installée pourrait grimper à 34,3 GW d’ici 2035 contre seulement 2,9 GW en 2025. Cette montée en puissance s’inscrit dans une trajectoire plus large où la capacité totale en énergies renouvelables atteindrait près de 49,7 GW d’ici 2035, le solaire faisant figure de principal moteur de croissance, devant l’éolien.
Un saut quantitatif porté par le soutien public
Cette forte expansion prévue sera principalement liée aux efforts d’investissements continus du secteur privé qui bénéficie d’un environnement favorable aux affaires.
En effet, comme en Afrique du Sud, le pays des pharaons a aussi réformé son cadre réglementaire au cours de la dernière décennie afin d’inciter les opérateurs à s’implanter sur le marché de l’énergie. La Loi sur les énergies renouvelables et la Loi sur l’électricité ont ouvert la voie aux producteurs indépendants d’électricité (IPP), tandis que plusieurs incitations comme les réductions fiscales, les droits de douane allégés sur les équipements et l’accès facilité au foncier ont amélioré la rentabilité des projets. À cela s’ajoute le programme de tarif de rachat (feed-in tariff, FiT).
Adopté en 2014, il garantit aux producteurs privés un prix d’achat fixe pour l’électricité solaire injectée sur le réseau, généralement sur 20 à 25 ans. Concrètement, l’État – via l’Egyptian Electricity Transmission Company (EETC) – signe des contrats d’achat d’électricité (PPA) à long terme avec des producteurs indépendants, ce qui sécurise leurs revenus futurs et permet de monter des financements de projet bancables.
En offrant une visibilité sur les tarifs, des durées longues de PPA et un cadre contractuel clarifié, le FiT a réduit le risque perçu par les développeurs et les banques. Le programme a ainsi permis de passer d’un système dominé par le public à un véritable marché IPP, où le privé finance, construit et exploite des centrales solaires à grande échelle sous régime « build-own-operate ».
D’après GlobalData, ces différents facteurs favorables continueront à renforcer l’attractivité du marché solaire égyptien en plus des ressources abondantes. Selon les données de la Banque africaine de développement (BAD), l’Égypte bénéficie d’un ensoleillement parmi les plus élevés au monde, avec 9 à 11 heures de soleil par jour et une irradiation de l’ordre de 2 230 à 2 330 kWh/m² par an.
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« Sa capacité [le solaire photovoltaïque, NDLR] de montée en puissance et sa compétitivité en termes de coûts en font une solution particulièrement adaptée pour répondre à la hausse de la demande en électricité, tandis que des technologies complémentaires continuent de soutenir la stabilité du système », estime Mohammed Ziauddin, analyste chez GlobalData.
Dans le pays des pharaons, plusieurs acteurs locaux et internationaux sont déjà présents sur le segment avec des projets d’envergure. Parmi ceux-ci figurent la compagnie norvégienne Scatec, plus grand développeur solaire impliqué dans le parc solaire de Benban (1,8 GW) dans le gouvernorat d’Assouan, en Haute-Égypte, dont les six dernières centrales ont été raccordées au réseau national en 2019, ainsi que le projet Obelisk, dont le chantier de construction a démarré en mai 2025.
Elle a signé en janvier dernier avec l’EETC un contrat d’achat d’électricité d’une durée de 25 ans couvrant une capacité totale de 1,95 GW de solaire photovoltaïque, assortie de 3,9 GWh de stockage par batteries.
Une industrie qui vient de loin
Ces perspectives favorables consacrent une décennie d’efforts soutenus en faveur d’un segment qui ne représentait encore, il y a dix ans, qu’une part marginale du mix électrique.
Selon les données de l’IRENA, le pays ne possédait en 2016 que 59 MW d’énergie solaire, soit quatre fois moins que l’Algérie. Aujourd’hui, l’Égypte est le second acteur africain sur ce segment avec 3 267 MW installés derrière l’Afrique du Sud (11 255 MW).
En plus du déploiement des projets par les acteurs privés, le pays veut également s’imposer comme un hub pour la fabrication d’équipements solaires. D’après l’IRENA, il dispose déjà d’une usine d’assemblage de modules photovoltaïques de 100 MW et plusieurs unités de fabrication sont prévues ou en construction dans la Zone économique du canal de Suez.
Sunrev Solar, groupe chinois, y développe deux unités industrielles d’une capacité de 2 GW chacune pour la fabrication de cellules et de modules, avec l’ambition de relocaliser progressivement la production d’intrants tels que les lingots et les wafers de silicium. Le projet est censé générer plus de 1 800 emplois directs, dont une part importante dans les activités de construction.
En août 2025, un second complexe a par ailleurs été annoncé, visant une capacité de 2 GW de cellules, 2 GW de panneaux solaires et 1 GWh de stockage, financé par un consortium d’entreprises égyptiennes, chinoises, bahreïnies et émiraties. Pour rappel, dans le pays, les emplois dans le solaire photovoltaïque ont plus que doublé pour atteindre 5 900 postes en 2024.