L’ancien président de la transition guinéenne, Moussa Dadis Camara, a publiquement accusé Cheikh Yérim Seck, ex-reporter du magazine Jeune Afrique, de lui avoir soumis un contrat de communication monnayé à hauteur de 500 000 dollars ou euros par trimestre, peu après sa prise de pouvoir à Conakry fin 2008. Ces déclarations ont été largement relayées le 4 mai 2025 à la suite de son passage dans l’émission Le Franc Parler.

Un contrat refusé, des articles critiques publiés

Selon le récit de Moussa Dadis Camara, Cheikh Yérim Seck s’était présenté dans son bureau peu après le coup d’État du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Le journaliste aurait rapidement orienté la conversation vers la gestion de l’image du régime naissant. Il lui aurait alors proposé un contrat trimestriel de communication politique, justifié par la nécessité de « laver son image » auprès des médias internationaux. L’ancien chef affirme avoir rejeté catégoriquement la démarche : « J’ai dit que c’est un escroc, que je n’ai pas besoin que vous laviez mon image. Dieu seul peut laver mon image. »

Toujours selon ses déclarations, ce refus aurait rapidement été suivi par la publication d’articles à charge dans Jeune Afrique. Un journaliste ivoirien, Félix Bony, avait corroboré cette séquence dès mai 2021 en se présentant comme témoin oculaire : il affirme avoir croisé Cheikh Yérim Seck quittant irrité le camp Alpha-Yaya-Diallo de Conakry, peu avant que Jeune Afrique ne publie un portrait sévèrement critique du capitaine.

Des accusations qui font écho aux révélations de Traoré

Ces déclarations de Dadis Camara interviennent après une sortie similaire du capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition burkinabè. Le 20 mars 2025, lors d’un déplacement dans la région du Plateau-Central, Traoré avait affirmé que Jeune Afrique avait tenté, entre 2022 et 2023, d’obtenir un contrat payant de son gouvernement pour améliorer sa réputation. Il avait déclaré disposer de preuves et s’être dit prêt à les produire si le magazine contestait ses affirmations.

Dans sa sortie du 4 mai, Dadis Camara a également fait allusion aux récentes révélations de Cheikh Yérim Seck sur le régime du général Mamadi Doumbouya — actuel président —, laissant entendre que des pratiques comparables auraient cours avec les autorités en place à Conakry.

Ni Jeune Afrique ni Cheikh Yérim Seck — qui a depuis quitté le magazine pour fonder son propre média, Yerimpost — n’ont, à ce stade, répondu publiquement aux accusations formulées par Moussa Dadis Camara dans cette nouvelle prise de parole. Dadis Camara avait été condamné en juillet 2024 à vingt ans de prison pour crimes contre l’humanité dans le cadre du massacre du 28 septembre 2009, avant d’être gracié le 28 mars 2025 par le général Doumbouya pour raison de santé.