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Une rage qui s’exprime à la barre. Des parties civiles ont demandé à la justice, le 5 mai, de « laver la pourriture » de la corruption présumée liée à Nicolas Sarkozy et ses coaccusés. Ils sont accusés d’avoir négocié avec la Libye de Mouammar Kadhafi un financement occulte pour la campagne présidentielle de 2007.
Selon l’accusation, dans ce « pacte de corruption », Tripoli cherchait des contreparties commerciales et diplomatiques. Elle voulait aussi régler le cas judiciaire du N.2 du régime, Abdallah Senoussi, chef des services de renseignement, le beau-frère de Kadhafi, condamné à perpétuité en France pour l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989 (170 morts).
Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, Nicolas Sarkozy a de nouveau nié en appel avoir laissé ses collaborateurs Claude Guéant et Brice Hortefeux négocier un tel accord. Pas plus qu’il y a un an, ses dénégations n’ont convaincu les proches des victimes, prévient l’avocat de plusieurs d’entre eux, Vincent Ollivier.
« Laver la pourriture »
Vincent Ollivier a ainsi ouvert sa plaidoirie en rappelant la double acception de « corruption » : celle du code pénal et celle qui relève de la décomposition organique.
« Nous espérons » que l’arrêt que la cour rendra en novembre « permettra que sur la stèle » commémorative de l’attentat, soit « lavée la pourriture qu’ont laissée ceux qui pensaient qu’une élection valait bien de salir la mémoire des morts », tonne Vincent Ollivier.
En appel, les familles étaient venues avec l’espoir que se fissure « le mur de silence érigé » par les prévenus « autour de Nicolas Sarkozy » pour le protéger. Au terme de près de deux mois de débats, l’attente fut déçue : la défense « n’est fondée que sur ça : nier, nier, nier. Nier jusqu’à l’absurdité ».
Sur son banc, Brice Hortefeux marmonne, une fois. Puis une deuxième. « M. Hortefeux, soit vous vous taisez, soit je vous fais sortir », cingle le président de la cour, Olivier Géron.
Nicolas Sarkozy absent
Nicolas Sarkozy n’est pas là pour écouter la charge : souffrant selon son entourage, il devrait, s’il va mieux, être présent mercredi pour la deuxième journée de plaidoiries des parties civiles.
Il n’entend donc pas Vincent Ollivier ironiser sur son principal argument de défense : l’enquête n’a pas permis de retrouver un centime d’argent libyen dans ses comptes de campagne. « Certes on n’a pas trouvé une valise de billets avec sur chacun d’entre eux la tête de Mouammar Kadhafi dessinée au pochoir », ironise l’avocat.
Et d’insister : si ce n’était pour le protéger, pourquoi Claude Guéant et Brice Hortefeux se seraient-ils échinés à répéter qu’ils n’avaient pas informé Nicolas Sarkozy de leurs tête-à-tête avec Senoussi fin 2005 ? Leur « seul objectif » de coller à un récit qui « n’a aucune logique », c’était « de dissimuler l’existence d’un pacte corruptif » qui aurait été noué lors de ces conciliabules. Selon Vincent Ollivier, en contrepartie « M. Sarkozy avait promis au régime libyen qu’en dernier ressort il pourrait y avoir une grâce » de Senoussi.
Une visite de Mouammar Kadhafi qui a « humilié le pays »
Même si le tribunal correctionnel ne l’avait pas retenue en première instance, il évoque aussi cette visite officielle à Paris de Mouammar Kadhafi en décembre 2007, qui avait choqué les familles des victimes et « humilié le pays » : le dictateur « a paradé dans Paris avec l’arrogance d’un faiseur de rois et l’assurance de celui qui savait qu’on lui devait quelque chose… », selon Vincent Ollivier.
Évoquant la virulence de Nicolas Sarkozy contre les juges après sa condamnation en septembre puis son livre sur ses vingt jours de détention à la Santé, sa consœur Laure Heinich demande à la cour de reconnaître « une victimisation secondaire » qui, selon elle, appelle une indemnisation additionnelle de ses clients, « tabassés » par la défense. « Si on comprend la peur de dormir à nouveau à la prison de la Santé », « ces propos ne sont pas ceux d’un moment d’égarement, ils seront réitérés », prévient-elle.
Pour l’association anticorruption Sherpa, Vincent Brengarth réclame, lui, une sanction à la hauteur du « trouble extraordinaire qui a été causé à l’ordre public », décrit ainsi : un financement politique occulte par une « puissance étrangère qui se trouve être une dictature ».