En Ouganda, le gouvernement a présenté mi-avril un projet de loi visant à encadrer les transferts d’argent venus de l’étranger. Le texte interdit de recevoir plus de 100 000 dollars de l’extérieur sans autorisation de l’Etat. Tout contrevenant s’expose à des peines pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison. La société civile dénonce une tentative de restreindre les libertés et les flux financiers, tandis que les banques mettent en garde contre les conséquences néfastes pour l’économie nationale.
En Ouganda, un projet de loi sur les financements venus de l’étranger suscite une vive inquiétude parmi la population et les acteurs économiques. Présenté mi-avril au Parlement, le texte interdit de recevoir plus de 400 millions de shillings ougandais (100 000 dollars) de l’extérieur sans autorisation gouvernementale. Aussi, toute personne qui reçoit de l’argent de l’étranger devra désormais se déclarer auprès d’un nouveau service au sein du ministère de l’Intérieur, chargé de surveiller les fonds venus de l’extérieur. Tout contrevenant à ses règles encourt jusqu’à 20 ans d’emprisonnement.
Les défenseurs des droits humains craignent une restriction des libertés et des flux financiers en Ouganda
Selon le gouvernement, l’objectif principal de ce projet de loi est de limiter les influences étrangères négatives sur les affaires politiques nationales. Par conséquent, il ne s’agirait pas d’interdire les financements étrangers, mais de les rendre transparents. Malgré ces explications, le texte suscite des critiques. Les défenseurs des droits humains dénoncent un projet inspiré de la Russie et de sa loi sur les « agents de l’étranger ». Ils craignent une restriction des libertés et des flux financiers, alors que des milliers de famille en dépendent. Les ONG estiment que cette loi pourrait aussi empêcher les expatriés de contribuer au développement de leur pays et soutenir leurs proches. Chaque année, la diaspora envoie environ 2,5 milliards de dollars en Ouganda.
La Banque centrale de l’Ouganda alerte sur un risque majeur de fragilisation financière
Selon la société civile, le projet de loi va en outre faire d’un million d’Ougandais de la diaspora des apatrides aux yeux de Kampala. En particulier les opposants politiques comme Bobi Wine, actuellement aux États-Unis. Les détracteurs soupçonnent d’ailleurs le pouvoir de vouloir museler l’opposition, en empêchant son financement depuis l’étranger. De son côté, le secteur financier redoute une chute des investissements étrangers, pourtant essentiels à la stabilité macroéconomique. La Banque centrale de l’Ouganda, en particulier, alerte sur un risque majeur de fragilisation financière. Elle évoque la possibilité d’un recul historique après trois décennies de progrès économiques.
Une adoption du projet de loi attendu d’ici le 10 mai
Pour sa part, la Banque mondiale a averti le gouvernement que le projet de loi pourrait entraver ses activités dans le pays. L’institution financière est le principal actionnaire des projets de développement de l’Ouganda à hauteur de 4,5 milliards de dollars. Mais rien n’est encore acté. Le texte est actuellement en discussion au Parlement, qui doit se prononcer d’ici le 10 mai. Face à la contestation, le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 40 ans, envisage de revoir le volet économique du texte. Il reste néanmoins ferme sur le fond. Le chef de l’Etat ougandais dit défendre une vision souverainiste vitale.