Face à la pression exercée par les tensions géopolitiques sur les flux de capitaux étrangers, l’Africa Finance Corporation (AFC) dans son dernier rapport met en lumière la possibilité pour l’Afrique de mobiliser les capitaux domestiques, estimant que certains domaines, comme l’aviation, devraient être davantage explorés. Décryptage avec Rita Babihuga-Nsanze, économiste en chef qui a dirigé l’étude,.
Le continent africain dispose d’une base de capitaux domestiques de plus de 4 000 milliards de dollars sous la forme de réserves de capitaux domestiques non bancaires, d’actifs des régimes de retraite et d’assurance nationaux, de réserves des banques centrales et d’or, selon le dernier rapport de l’Africa Finance Corporation (AFC) qui préconise la mise en place de systèmes favorisant la disponibilité de ces fonds pour la construction des infrastructures dont le l’Afrique a besoin pour prétendre au développement économique et social, dans un contexte international incertain.
Passée par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale du Royaume-Uni, Moody’s ou Barclays, Rita Babihuga-Nsanze est économiste en chef à l’AFC et c’est elle qui a chapeauté l’étude.
LA TRIBUNE AFRIQUE – Avec vos équipes, vous soutenez dans le rapport que les infrastructures ne doivent pas être considérées comme des actifs isolés, mais plutôt comme des écosystèmes intégrés, moteurs de transformation économique, notamment en raison de l’existence de capitaux sur le continent. Comment l’expliquez-vous ?
RITA BABIHUGA-NSANZE – Nous sommes partis d’une observation, à savoir qu’en dépit du déficit connu, il existe des infrastructures en Afrique. Si on considère un pays moyen comme le Kenya à titre d’exemple, il dispose de routes, de ports, de chemins de fer, de zones économiques spéciales …, bref, une variété d’actifs d’infrastructures autonomes, construits par différents acteurs. Mais le Kenya est encore une économie que l’on qualifierait, en fin de compte, de non industrialisée. Et ce, pour la simple raison que les infrastructures disponibles ne se complètent pas nécessairement entre elles ou ne sont pas reliées de manière à construire des systèmes industriels modernes et ainsi avoir un impact maximal sur l’économie.
Je vais pousser un peu plus loin cette illustration avec l’exemple d’un chemin de fer. L’un des défis que nous rencontrons avec les chemins de fer en Afrique, c’est qu’ils ont été construits essentiellement pour exporter les matières premières hors du continent. Les chemins de fer sont des projets très coûteux. Et en termes d’investissement, ils ne sont souvent pas bancables. On ne trouve pas d’argument économique, de viabilité, dans le dossier du chemin de fer. Mais si l’on relie le chemin de fer à une mine, à un centre de traitement ou à une zone industrielle et que l’on achemine les minerais extraits via le chemin de fer jusqu’à la zone de traitement située près d’une centrale électrique, cela permettrait d’ajouter de la valeur, de transformer ces minerais en produits, voire d’effectuer la deuxième étape de la transformation dans une zone économique spéciale. Cela créerait essentiellement un système intégré comprenant différentes infrastructures (une mine, un chemin de fer, de l’énergie, une zone économique spéciale) qui permet de transformer les matières premières en produits finis qui sont immédiatement acheminés vers les marchés.
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