Au point de faire réaliser à de nombreux internautes américains que l’Afrique était plus développée que ce que les clichés hollywoodiens renvoient.

Lors de sa visite en Afrique du Sud. ©AFP or licensors
« Ils nous ont fait croire que l’Afrique était pauvre et misérable, ses directs m’ont fait changer de perception », « on nous apprend que l’Afrique est primitive, dangereuse, qu’il ne faut pas y aller », disent certains abonnés afro-américains manifestement émus dans des vidéos de réaction à la tournée.
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« A l’heure où l’exécutif américain peut parfois présenter l’Afrique dans des termes assez péjoratifs, il diffuse un autre narratif. C’est quelque chose qui a visiblement touché son public américain »
« Il montre une autre Afrique, une Afrique qui bouge, qui se modernise, qui a envie de faire de grandes choses. Il passe dans des endroits où il y a des infrastructures modernes », explique à l’AFP Qemal Affagnon, spécialiste des réseaux sociaux et créateur d’Internet sans Frontières.
« A l’heure où l’exécutif américain Donald Trump peut parfois présenter l’Afrique dans des termes assez péjoratifs, il diffuse un autre narratif. C’est quelque chose qui a visiblement touché son public américain », poursuit-il.
A Lagos, il a fêté son 21e anniversaire en passant la barre des 50 millions d’abonnés sur Youtube; à Luanda il s’est émerveillé de « l’amour reçu » et de « la folle énergie »; avant de s’enthousiasmer sur les buildings de Nairobi ou d’Addis Abeba.
Il s’est toutefois bien gardé de parler de politique, y compris dans des pays réputés autocratiques, s’attirant au passage quelques critiques.
Celui qu’on surnomme « Speed » a appliqué au continent africain les recettes de ses voyages aux quatre coins du monde: ses équipes le filment en direct, dans des déambulations à un rythme effréné, où il alterne découvertes culturelles, interactions avec des vendeurs ou artistes de rue… et diverses pitreries.

Lors de sa visite au Ghana ©Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved. »Vraie image »
Sur Youtube, la tournée est une réussite avec près de 4 millions d’abonnés de plus en un mois et un live à la finale de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc qui a déjà cumulé plus de 15 millions de vues, se plaçant directement dans son top 10.
Il compte aussi plus de 45 millions d’abonnés sur Instagram et 47 sur Tiktok, pour une fortune personnelle estimée à 20 millions de dollars par Forbes.
Son objectif n’est pas de se poser en « sauveur » de l’Afrique, mais d’en montrer la « vraie image », sans paternalisme ni victimisation, assurent ses fans.
« Le fait qu’il soit le premier streamer américain à faire tout un tour de l’Afrique, c’est historique. C’est un énorme accomplissement qu’il a réalisé pour l’industrie du streaming », se réjouit le youtubeur nigérian Stephen Oluwafisayomi, alias « Stevosky ».
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Et quand un membre de son équipe, à bord d’un hélicoptère au Bénin, lui fait remarquer qu’on dirait « Miami, sans les maisons », il répond du tac au tac : « non cela ressemble juste au Bénin ».
De quoi séduire certains gouvernements, pour attirer des nouveaux visiteurs.
« Il y a des pays qui, aujourd’hui, font des clins d’oeil à certaines communautés d’afro-descendants et il peut servir de lien entre ces deux mondes », explique M. Affegnon.
Direct dans la pyramide de Gizeh
A Nairobi, il a rencontré la ministre du Tourisme, Rebecca Miano et reçu un message vidéo de chaleureuse bienvenue du président William Ruto, tandis qu’en Egypte il a été autorisé à filmer en direct à l’intérieur de la pyramide de Gizeh.
IShowSpeed, de son vrai nom Darren Watkins Jr a commencé sa carrière comme beaucoup de « streamers » en se filmant en train de jouer à des jeux vidéos.
Mais ce fan de foot – et en particulier de Cristiano Ronaldo – ne se contente pas de rester sur son fauteuil de « gamer » et s’est rendu notamment en Asie, en Europe et en Amérique du sud, frôlant régulièrement l’émeute.
Lors de sa tournée africaine, maillot de foot de l’équipe nationale de chaque pays sur le dos, il a parfois été pris à partie, soit par des fans trop enthousiastes, soit par un public hostile.
Comme en Algérie, où il a du interrompre son direct – une rareté – alors que des supporters lui jetaient des bouteilles dans un stade, lors d’un match de foot.

Le YouTubeur IShowSpeed pose avec les couleurs des Diables rouges. ©X
Celui qui a été désigné « streamer de l’année » 2024 et 2025 aux Streamer Awards, une récompense internationale du secteur, et dont les excès l’ont fait bannir de la plateforme Twitch entre 2021 et 2023 pour « coercition ou intimidation sexuelle », doit achever cette tournée africaine cette semaine avec un test ADN censé révéler ses origines sur le continent.
Au Liberia, où de nombreux Noirs américains ont émigré au 19e siècle pour renouer avec leurs racines africaines, il a rencontré un homonyme dont les aïeuls ont quitté l’Ohio, la région natale de Speed: « c’est vraiment mon ancêtre », s’est amusé ce dernier.
Au cours de son périple, IShowSpeed avait indiqué que la famille de sa mère était originaire du Ghana. Juste après la fin de sa tournée, le gouvernement de ce pays d’Afrique de l’Ouest lui a accordé la nationalité ghanéenne, en lui demandant de continuer « à faire la fierté de notre grande nation, le Ghana, et de notre cher continent africain ».
L’argent et le soft power dénoncé
L’association afro-féministe Mwasi a néanmoins critiqué cette tournée, en particulier pour la visite du Rwanda.
« Présentée comme une célébration de la culture africaine, cette visite risque pourtant de normaliser un État activement impliqué dans les violences à l’est de la RDC (République démocratique du Congo, NdlR) », dénonce Brenda Odimba, pointant le soft power et le « nation branding » du pays, qui a investi en devenant sponsor d’Arsenal, du PSG et du Bayern Munich, ainsi que pour le championnat du monde de cyclisme sur route.
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« Cette visite risque pourtant de normaliser un État activement impliqué dans les violences à l’est de la RDC »
Elle rappelle les nombreux morts depuis le génocide de 1993, le demi-million de personnes déplacées ces trois dernières années et le soutien rwandais au groupe armé M23 à l’est du Congo.
« Même si elle se voulait divertissante, votre visite contribue à blanchir le rôle du Rwanda dans ces violences. Pour les victimes, c’est une seconde forme de violence », affirme-t-elle.