Trente-trois ans. C’est le temps qui s’est écoulé depuis que la Formule 1 a disputé sa dernière course sur le continent africain, lors du Grand Prix d’Afrique du Sud 1993 sur le circuit de Kyalami, au nord de la capitale Johannesburg. Un vide que beaucoup cherchent à combler, et que l’Afrique du Sud entend bien être la première à refermer. Le ministre des Sports du pays, Gayton McKenzie, a annoncé que le président Cyril Ramaphosa assistera à un Grand Prix de la saison en cours dans le cadre d’une démarche officielle de lobbying. « La visite du président nous permettra d’observer, de dialoguer et de renforcer notre argumentation », a-t-il précisé, refusant pour l’instant de révéler quelle manche sera choisie.

Le projet sud-africain repose sur Kyalami, seul circuit du pays à bénéficier du soutien gouvernemental officiel après un appel d’offres compétitif l’an dernier. La FIA a approuvé en 2025 des plans de rénovation visant à porter l’installation au Grade 1 — le niveau requis pour accueillir un Grand Prix de Formule 1 — dans une fenêtre de trois ans, ce dernier étant actuellement au Grade 2. La firme britannique Apex Circuit Design pilote ce chantier, avec pour objectif de préserver le tracé original de 4,522 kilomètres tout en ajoutant les infrastructures et équipements de sécurité nécessaires. Le ministre résume l’approche méthodique adoptée par son pays : « Il existe des critères que tout pays doit respecter pour accueillir un Grand Prix, notamment en matière commerciale, logistique, d’infrastructures et de sécurité, et nous travaillons de manière méthodique pour répondre à chacun d’entre eux. »

Une concurrence africaine qui se densifie

L’Afrique du Sud n’est cependant pas seule dans la course. Le Rwanda a lancé sa candidature en décembre 2024 avec un projet de circuit permanent aux abords de Kigali, la capitale — actuellement considéré comme le principal concurrent de Kyalami — tandis que le Maroc travaillerait au développement d’une installation près de Tanger. Trois pays africains en lice simultanément, une première dans l’histoire de la discipline. L’Afrique du Sud dispose cependant d’un atout que ses rivaux n’ont pas : le soutien présidentiel.

Car si ce soutien ne s’accompagne pas de financement public direct, il confère une crédibilité institutionnelle précieuse dans des négociations où la Formule 1 privilégie désormais les événements adossés à des garanties gouvernementales pour leur stabilité financière à long terme — ce qui, paradoxalement, fragilise quelque peu la candidature sud-africaine face au Rwanda ou au Maroc, potentiellement mieux disposés à s’engager financièrement.

Lewis Hamilton premier défenseur

Lewis Hamilton est l’un des défenseurs les plus passionnés de ce retour en Afrique, et ses déclarations lors de la conférence de presse du Grand Prix d’Australie 2026 en disent long sur l’intensité de son engagement personnel. « Depuis six ans, peut-être sept, je me bats en coulisses pour obtenir un Grand Prix. Je ne veux pas quitter ce sport sans qu’il y ait de Grand Prix là-bas, sans avoir pu y courir, alors je me bats pour ça », a-t-il confié. Le septuple champion du monde, qui met en avant ses origines africaines — avec des racines au Togo et au Bénin notamment — ne se contente pas de soutenir l’idée en surface.

Il cite le Rwanda et l’Afrique du Sud comme ses destinations préférées sur le continent, et reconnaît une certaine anxiété face au temps qui passe : « Ils fixent certaines dates, et je me dis “Mince, je risque de manquer de temps”, alors je vais rester ici un moment jusqu’à ce que ça arrive. » Sa prise de position dépasse d’ailleurs largement le cadre sportif, Hamilton profitant de l’occasion pour exprimer une vision politique et sociale sur l’avenir du continent africain, appelant les nations à « reprendre » leur territoire et leurs ressources face aux influences coloniales persistantes.

2029 au plus tôt

Malgré l’enthousiasme général, les obstacles restent considérables. Le calendrier F1 est déjà fixé à son maximum du 24 courses pour 2027 et 2028 avec le retour de Portimão, et plus récemment, du Grand Prix de Turquie. Cela laisse donc 2029 comme première fenêtre réaliste pour un nouveau venu. Et la concurrence ne vient pas que du continent africain : la Thaïlande, qui dispose d’un feu vert gouvernemental pour des dépenses significatives, est considérée comme la favorite pour la prochaine place disponible — même si un changement de gouvernement à Bangkok a récemment ralenti le projet.

La Corée du Sud et l’Inde nourrissent également des ambitions. Stefano Domenicali, PDG de la Formule 1, avait résumé la situation l’an passé avec une franchise qui dit tout : « Pour être réaliste, je ne pense pas que nous obtiendrons de résultats à très court terme. » Un message de patience qui ne décourage pas les candidats africains, mais qui replace leurs ambitions dans une réalité calendaire qui ne laisse guère de place à l’optimisme à court terme.

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