Dans le cadre du plan national d’intensification de la production de céréales, l’Algérie a déployé des moyens « inédits » pour assurer le déroulement de la récolte des céréales qui s’annonce historique cette année.  

Ce sont plus de 1.100 moissonneuses-batteuses qui sont mobilisées à travers l’ensemble du territoire national, dont 330 machines appartenant à la société Agrodrive, a annoncé le ministère de l’Agriculture et du Développement rural.


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Il est également question « de la réquisition de plus de 1.200 camions pour le transport du blé, et de la mise à disposition de 307 centres de proximité pour le stockage des céréales » selon la même source.


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Récolte au sud de Khenchela

Au sud de la wilaya de Khenchela, la Télévision algérienne a suivi le déroulement de la récolte de blé. Au niveau d’un immense champ circulaire, quatre moissonneuses-batteuses de marque Sampo se suivent l’une derrière l’autre. Quelques instants plus tard, en bordure de champ, deux d’entre-elles vident leur trémie dans la remorque d’un camion de l’Office algérien des céréales (OAIC).

Outre les camions, des remorques de petite taille attelées à un tracteur participent également au transport des grains. Leurs ridelles sont alors rehaussées par des tôles afin de transporter plus de grains.


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Quelques trémies sont vidées sur une bâche à même le sol. Par la suite les grains sont repris et déversés dans la remorque d’un camion à l’aide du godet d’un engin de chantier.

L’investisseur se félicite de cette récolte de « farina » ou blé tendre et espère voir un jour le pays arriver à « l’autosuffisance ».

Au niveau d’un des centres de collecte flambants neufs, les camions en provenance des champs passent sur un pont bascule puis pénètrent sous un vaste hangar. Ils déchargent leur cargaison au niveau d’une travée à la paroi constituée de sacs remplis de blé. Il s’agit ainsi de cloisonner ces premiers arrivages de blé tendre de ceux de blé dur qui suivront.

Abdelkader Bahi, le directeur de la CCLS se félicite que 3 nouveaux centres de collecte ont ouvert leurs portes à Khenchela.

Scènes identiques à In Salah, Ouargla et Adrar où 300 hectares d’orge et de blé dur ont été récoltés au niveau de la ferme Baladna Algérie.

Passage du sac au vrac, une compétitivité améliorée

Ces dernières années, la construction locale de moissonneuses-batteuses sous licence Sampo a permis la réalisation de la récolte en vrac en remplacement de celle en sacs.

Une mesure qui a considérablement réduit les coûts de la chaîne logistique. Auparavant, deux personnes étaient affectées sur chaque engin de récolte : un chauffeur et un opérateur juché sur une minuscule plateforme chargé du remplissage des sacs, de leur fermeture et de leur expédition au sol par l’intermédiaire d’un toboggan métallique.  

A cela, il fallait ajouter les équipes au sol chargées de récupérer les lourds sacs en jute éparpillés à travers champ et les placer sur les remorques qui les accompagnaient.

Des gestes 100 fois répétés sous un soleil de plomb avec un air chargé de minuscules brins de paille collant à la peau comme autant d’aiguilles.

Aujourd’hui, il suffit du seul conducteur installé dans une cabine climatisée (les premières versions ne disposaient ni de cabine ni de la climatisation) pour manier l’engin dont la trémie une fois pleine de grains est vidée dans des camions par l’intermédiaire d’un bras articulé.

Selon le ministère de l’agriculture, la récolte en vrac aurait réduit d’un mois la durée de la récolte et donc permis de réduire les pertes par égrenage.

Efficacité décuplée grâce aux nouveaux centres de stockage

Rançon du passage au vrac, et de la vitesse de récolte accrue, l’obligation de disposer d’un grand nombre de camions afin d’absorber le flux de grains récoltés pour les amener vers les centres de stockage parfois éloignés d’une centaine de kilomètres comme cela est parfois le cas au sud.

Dès 1990, l’expert en machinisme agricole Kaci Ferhat faisait remarquer que pour profiter au maximum des avantages de la récolte en vrac « il est nécessaire de disposer d’un nombre suffisant de moyens de transport du grain et de disposer d’une structure d’accueil du grain convenable. »

Deux conditions qui permettent à la moissonneuse-batteuse de « récolter sans arrêt et donc d’augmenter le temps effectif journalier de travail » soulignait-il. 

Le flux est d’autant plus élevé que sous pivot d’irrigation, il est courant que les rendements atteignent les 50 quintaux à l’hectare.

Il y a encore quelques années au sud, la récolte restait marquée par l’improvisation. Les cas de trémies vidées sur une bâche à même le sol par manque de camions étaient légion. A l’époque, l’OAIC avait grandement recours à la location de camions avec des tarifs de 6.000 DA par jour selon le témoignage de chauffeurs.

L’installation de centres de collecte rudimentaires avec pont bascule, de cabines sahariennes pour les services administratifs et de plateformes en plein air parfois simplement ceinturées de tôles ou de murs constitués de sacs avaient alors permis d’améliorer les conditions de récolte.

Les grains réceptionnés au niveau des centres de collecte sont ensuite chargés depuis le sol sur des camions le plus souvent grâce aux godets d’engins de chantier et dirigés vers les grands centres de consommation du nord du pays.

Le renouvellement de la flotte de l’OAIC grâce à l’acquisition de camions neufs a permis d’améliorer la logistique entre les champs et les centres de collecte.

La mise en œuvre rapide du programme national de renforcement des capacités de stockage des céréales décidé en conseil des ministres a changé la donne.

Outre la construction de silos verticaux de grande capacité, ce sont 350 centres de collecte qui ont été, en partie, réceptionnés sur le territoire national. C’est un système simplifié de stockage qui a été retenu mais avec possibilité de ventilation du blé par le sol.

Des réserves de productivité

Des calculs concernant les coûts logistiques à la récolte réalisés à l’étranger et notamment en France font état d’une moyenne de 4,5 € /tonne de blé avec des extrêmes de 2,8 à 14 €/t. De telles données restent à établir concernant la filière locale.

La multiplication des centres de collecte permet aujourd’hui de réduire nettement la distance avec les champs, dont une partie est composée de pistes. Elle permet d’éviter que des moissonneuses-batteuses soient à l’arrêt pour cause de trémies pleines et de l’absence prolongée de camions partis vers des centres de collecte. A ce titre la compétitivité de la filière se trouve améliorée.

Cependant, il arrive encore que ces engins de récolte vident leur trémie au sol ce qui amène à ce que les logisticiens appellent des « ruptures de charge ».

Cette reprise des grains à même le sol est coûteuse. Elle nécessite du matériel spécialisé : suceuse à grain, engin de chantier à un godet ou vis sans fin parfois alimentée manuellement à sa base.

L’édification de ces centres de collecte pourrait permettre d’envisager une politique de qualité grâce à l’installation de cloisons mobiles pour séparer les lots de grains de provenances différentes.