Sur le continent africain, les partenariats de grande envergure se multiplient pour produire de l’ammoniac vert à vocation exportatrice. Du Maroc à l’Égypte, en passant par l’Afrique du Sud, une véritable course s’est engagée pour prendre des positions dans l’industrie.
En Égypte, l’appétit du secteur privé pour l’ammoniac vert ne se dément pas. Le 24 avril, le groupe industriel polonais Hynfra a présenté au ministre égyptien de l’Industrie une initiative baptisée « Egypt Amun Green Ammonia ».
Selon les détails fournis par l’entreprise sur sa page LinkedIn, ce projet prévoit l’implantation d’un complexe intégré de production d’ammoniac vert à Ras Banas, dans le sud-est du pays, pour tirer profit de « l’ensoleillement exceptionnel et des vents forts et réguliers ».
Plus de 4 millions d’euros d’investissement
Ce futur hub reposera sur un site de 100 km² combinant solaire et éolien, avec une capacité totale de 2 000 MW d’énergies renouvelables dédiés. L’unité fonctionnant hors réseau permettra de sécuriser l’alimentation en électricité tout en garantissant le caractère bas carbone du produit final.
L’investissement est estimé à 5 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) pour une première phase, avec une montée possible jusqu’à 10 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros) à pleine capacité, ce qui en ferait l’un des plus grands projets développés à ce jour dans la filière, en Afrique et au Moyen-Orient.
La production initiale visée est de 400 000 tonnes par an à partir de 2031, avec un potentiel d’extension à un million de tonnes, essentiellement destinées à l’exportation vers des marchés à forte demande en intrants décarbonés, en particulier l’Europe.
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« L’ammoniac vert compte parmi les vecteurs d’énergie les plus pratiques pour le commerce international. Il peut être transporté via des infrastructures existantes, stocké, puis reconverti en hydrogène ou utilisé directement comme carburant. Avec son accès à la mer Rouge et des conditions naturelles exceptionnelles, l’Égypte dispose de tous les atouts pour devenir un exportateur clé d’énergie verte dans la région MENA », souligne l’entreprise qui ne précise pas toutefois les modalités exactes de financement.
Une montée en puissance du secteur
Ce nouveau projet vient confirmer la dynamique du secteur, portée par plusieurs projets d’envergure. Début avril, un protocole d’accord a été signé entre Abu Qir Fertilizers, Alexfert, Orascom Construction et UEG pour le développement d’un hub d’hydrogène vert à Alexandrie, avec une capacité de 500 MW d’électrolyse destinée à produire près de 480 tonnes d’ammoniac vert par jour.
Le singapourien Destiny Energy a annoncé en novembre dernier qu’il prévoit ainsi d’investir 210 millions de dollars (179 millions d’euros) dans une usine au sein de la Zone économique du canal de Suez (SCZone), avec une capacité annoncée d’environ 300 tonnes d’ammoniac vert et 53 tonnes d’hydrogène vert par jour. L’installation s’appuiera sur des capacités renouvelables, développées directement par l’entreprise ou via des partenariats avec des opérateurs déjà présents dans la zone.
En parallèle, quatre grands accords d’un montant cumulé de 33 milliards de dollars (28 milliards d’euros) ont été signés en juin 2024 avec plusieurs entreprises, dont DAI Infrastructure Company, British Petroleum et Masdar, pour des projets d’ammoniac vert à East Port-Saïd et au port de Sokhna.
Ces différentes initiatives cherchent à tirer profit des nombreux atouts du pays comme son gisement solaire et éolien de premier plan ainsi que sa position géographique charnière entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient, particulièrement propice aux exportations.
À ces avantages naturels s’additionne un environnement public de plus en plus favorable aux acteurs privés de l’hydrogène et de l’ammoniac verts.
En 2022, le gouvernement égyptien a notamment adopté trois décrets dont l’un inscrit explicitement la production, le stockage et l’exportation d’hydrogène et d’ammoniac verts parmi les priorités de la stratégie de développement économique de l’État.
Un autre texte introduit un régime d’incitations attractif pour les investisseurs. Les projets peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt sur les bénéfices, équivalente à 30% à 50% du coût d’investissement, sous forme de déduction fiscale, dans la limite de 80% du capital libéré et pour une durée maximale de 7 ans.
Une ambition publique affirmée
Au-delà de l’initiative privée, l’État égyptien affiche une stratégie offensive pour se positionner sur la chaîne de valeur de l’ammoniac vert. Plusieurs institutions jouent un rôle central, notamment l’Autorité générale pour l’investissement et les zones franches (GAFI), le Fonds souverain d’Égypte et la Suez Canal Economic Zone, qui pilotent les négociations et facilitent l’implantation des projets.
Parallèlement, la plateforme Nexus of Water, Food, and Energy, lancée en 2022, constitue un levier clé pour canaliser les financements climatiques. Adossée à la stratégie climat 2050, elle agrège un portefeuille prioritaire de projets et combine financements concessionnels — issus notamment des bailleurs multilatéraux — et capitaux commerciaux, afin de rendre viables des investissements de grande ampleur dans les énergies vertes.