Forte d’un capital humain qualifié et d’une expertise reconnue, la Tunisie dispose de leviers solides pour renforcer son positionnement en Afrique. Mais pour transformer ce potentiel en croissance durable, l’intégration panafricaine doit s’inscrire dans une stratégie structurée, orientée vers l’investissement, les partenariats et la création de valeur.

La Presse — L’intégration panafricaine s’impose aujourd’hui comme une opportunité stratégique pour la Tunisie, dans un contexte de recomposition des équilibres économiques internationaux. Longtemps orientée vers l’Europe, l’économie tunisienne est désormais appelée à diversifier ses partenariats et à explorer de nouveaux relais de croissance.

Dans cette dynamique, le continent africain offre un potentiel considérable, porté par des marchés en expansion et des besoins croissants en services, en infrastructures et en expertise.

Pour la Tunisie, l’enjeu n’est plus seulement d’y être présente, mais de s’y positionner de manière structurée et durable.

Elle dispose, à cet égard, des atouts nécessaires pour se positionner comme un hub régional en Afrique. Elle s’appuie sur un capital humain qualifié et une expertise reconnue. Il est donc essentiel de structurer ces compétences et de renforcer les synergies entre les acteurs économiques.

Des atouts à saisir

Éric Lionel Liconnet, fondateur d’un réseau des entrepreneurs visionnaires d’Afrique, fait savoir que l’intégration panafricaine constitue aujourd’hui un levier stratégique majeur pour la diversification économique et l’accès à de nouvelles opportunités pour la Tunisie. Il insiste, également, et considère que l’insertion du pays dans un écosystème africain structuré peut agir comme un puissant accélérateur de croissance, à condition de dépasser une approche opportuniste au profit d’une stratégie cohérente, durable et organisée.

Dans ce contexte, la dépendance historique à l’Europe apparaît moins comme un problème en soi que comme un facteur de vulnérabilité. À l’inverse, le continent africain offre des perspectives de complémentarité naturelle, portées par des marchés en forte croissance et des besoins considérables en services, infrastructures et expertise. Cette dynamique peut transformer en profondeur le positionnement économique de la Tunisie à trois niveaux. D’abord, la diversification des exportations : en s’appuyant sur des réseaux d’affaires panafricains structurés, les entreprises tunisiennes peuvent accéder à des marchés à forte demande, notamment dans les secteurs de la santé, de l’ingénierie, du numérique ou encore de la formation.

La Tunisie dispose déjà d’un savoir-faire reconnu, qu’il s’agit désormais d’industrialiser et de déployer à l’échelle du continent. Ensuite, l’accès au financement : les écosystèmes panafricains facilitent la connexion avec des fonds d’investissement régionaux, des institutions financières africaines et des investisseurs issus de la diaspora. Le réseau devient ainsi un véritable levier d’accès au capital, et non plus un simple outil relationnel.

S’inscrire dans une logique de création de valeur

Enfin, plutôt que d’agir de manière isolée, la Tunisie a tout intérêt à privilégier la création de partenariats stratégiques et à coconstruire des projets avec des acteurs locaux à travers des joint-ventures ou des consortiums, réduisant ainsi les risques et augmentant ses chances de remporter des marchés.

Par ailleurs, Éric Lionel Liconnet met en avant la nécessité de positionner la Tunisie comme un hub régional en Afrique, en capitalisant sur ses atouts structurels. Le pays dispose, en effet, d’un capital humain qualifié, d’une proximité culturelle avec plusieurs régions du continent et d’une expertise reconnue dans divers domaines. Toutefois, ces avantages restent encore insuffisamment valorisés. Pour franchir un cap, il est essentiel d’organiser, de structurer et de diffuser ces compétences à travers une approche systémique. Cela passe notamment par le renforcement des synergies entre les différents acteurs, universités, entreprises, institutions et réseaux d’affaires afin de créer une véritable plateforme d’échange et de cocréation. En parallèle, le transfert de savoir-faire doit être structuré à travers des programmes de formation, d’incubation et d’accompagnement destinés aux entrepreneurs africains, positionnant ainsi la Tunisie comme un centre de montée en compétences à l’échelle continentale. Le partage d’expériences constitue également un levier clé : valoriser et diffuser les success stories tunisiennes permet de renforcer la crédibilité du pays et d’affirmer son positionnement dans l’écosystème africain.

Enfin, l’un des défis majeurs reste la transformation du réseautage en investissements concrets. Les initiatives s’arrêtent au stade des contacts sans déboucher sur des projets tangibles. Pour dépasser cette limite, il est nécessaire de mettre en place des mécanismes structurés, mesurables et orientés. Cela implique notamment la création de plateformes d’opportunités qualifiées, qu’elles soient digitales ou physiques, où les projets sont rigoureusement sélectionnés, structurés et présentés sur une base de données fiables et transparentes.

Ce type d’outil permettrait de renforcer la confiance des investisseurs, de fluidifier la mise en relation et d’accélérer la concrétisation des partenariats. À travers cette approche, l’intégration panafricaine ne se limite plus à un discours, mais devient un véritable moteur d’investissement, de croissance et de transformation économique pour la Tunisie et l’ensemble du continent, a conclu Éric Lionel Liconnet.