La Libye a réclamé dix millions d’euros de dommages et intérêts à Nicolas Sarkozy et cinq de ses coprévenus, mercredi 6 mai 2026 au procès en appel sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.

Une des avocates des autorités libyennes, Carole Sportes, a demandé à la cour d’appel d’accorder plus de 4,99 millions d’euros au titre du préjudice matériel et cinq au titre du préjudice moral, afin que soit reconnu « le préjudice subi par la population libyenne qui a déjà souffert pendant 42 ans du régime autocratique de Mouammar Kadhafi ».

Le préjudice matériel correspond à deux virements effectués par le Trésor et les services de renseignement libyens, en janvier et novembre 2006, sur un compte de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine.

L’accusation convaincue de l’existence d’un « pacte de corruption »

L’accusation est convaincue qu’il s’agissait de fonds publics détournés qui étaient destinés à financer de manière occulte la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy dans le cadre d’un « pacte de corruption ».

Selon les conclusions des conseils des autorités libyennes, « le préjudice matériel subi par l’État de Libye de ce chef correspond donc à l’appauvrissement subi […], afin de financer la campagne électorale de M. Sarkozy ».

Nicolas Sarkozy dément

Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, Nicolas Sarkozy réfute tout pacte de corruption, dément tout financement illégal de sa campagne victorieuse et relève que l’enquête n’a pas permis de retrouver trace d’argent libyen dans ses comptes électoraux.

Selon les conclusions des avocates de la Libye, les « flux sortants de Libye (cristallisent) le préjudice matériel de l’État de Libye, et ce, indépendamment de leur utilisation ou versement effectif, ou de leur détournement par la suite ».

En première instance, la constitution de partie civile de l’État libyen n’avait pas été retenue par le tribunal correctionnel de Paris qui avait estimé que, par l’intermédiaire de dignitaires de l’ancien pouvoir, les autorités étaient autrices et non victimes de l’infraction de détournement de fonds public.

Outre l’ancien chef de l’État français, la demande d’indemnisation concerne les anciens ministres Brice Hortefeux et Claude Guéant, l’ancien dignitaire libyen Bachir Saleh, ainsi que l’intermédiaire Alexandre Djouhri et Thierry Gaubert, ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy et proche de Takieddine, décédé en septembre.