Un avion transportant un passager du bateau de croisière MV Hondius, foyer d’hantavirus, a atterri mercredi aux Pays-Bas après que plusieurs passagers ont été évacués du navire au large du Cap-Vert, comme le rapporte l’Agence France Presse (AFP).
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Une situation différente que celle du Covid-19
Pour sa part, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué à l’AFP qu’il « ne pense pas » que la situation soit similaire à celle du début de la pandémie de Covid-19. « Pour l’instant, le risque pour le reste du monde est faible », a-t-il ajouté.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), une agence de l’UE, s’est voulu mercredi plus circonspect alors que de « nombreuses incertitudes subsistent » sur l’épidémie, appelant à « adopter une approche de précaution afin de réduire la probabilité de nouvelles transmissions ».
Selon l’OMS, trois personnes, deux membres d’équipage malades et une personne ayant été en contact avec l’un des cas confirmés, ont été évacuées du bateau puis embarquées à bord de vols médicalisés au départ de la capitale du Cap-Vert, Praia.
Le premier avion a atterri à 17 h 47 GMT à l’aéroport d’Amsterdam, selon des journalistes de l’AFP sur place. Il n’y a pas encore de confirmation officielle concernant la suite des évènements mais le centre médical universitaire de Leyde (LUMC) a déclaré dans un communiqué que des médecins se préparaient à admettre un patient provenant du navire.
Aucune destination n’avait été précisée sur le site internet pour le deuxième avion, mais il a atterri à l’aéroport de Grande Canarie, au sud de Las Palmas, peu avant 15 h 30 GMT, selon un journaliste de l’AFP.
Les deux patients à bord de ce second vol devront changer d’appareil pour poursuivre leur voyage à cause d’une panne technique, a annoncé le ministère espagnol de la Santé.
Après leur arrivée à Grande Canarie pour faire le plein de carburant, le médecin présent dans l’avion a en effet « signalé une défaillance du système de support électrique » d’un patient, ont précisé des sources au ministère de la Santé.
Le navire attendu à Tenerife
Le navire accostera pour sa part « dans un délai de trois jours » au port de Granadilla sur l’île de Tenerife, dans les Canaries, a annoncé la ministre espagnole de la Santé, malgré l’opposition affichée par le gouvernement régional de cet archipel. Et, sauf cas critique, « tous les passagers étrangers seront rapatriés » après leur arrivée aux Canaries, selon Mónica García Gómez.
Par ailleurs, la compagnie néerlandaise KLM a annoncé mercredi qu’un des passagers décédé d’une infection à l’hantavirus après avoir voyagé à bord du MV Hondius, est monté « brièvement » à bord d’un de ses avions reliant Johannesburg à Amsterdam, mais a été débarqué avant le décollage.
Les autorités sanitaires néerlandaises sont en train de contacter les personnes qui se trouvaient à bord de ce vol « par précaution », a indiqué KLM dans son communiqué.
La souche d’hantavirus des Andes détectée
La souche d’hantavirus détectée sur un des passagers de la croisière évacué en Afrique du Sud, est celle des Andes, transmissible entre humains, a déclaré le ministre sud-africain de la Santé. L’hôpital universitaire de Genève a confirmé avoir identifié la même souche.
Trois personnes – un couple de Néerlandais et une Allemande qui ont voyagé à bord du MV Hondius – sont mortes depuis le début de la croisière, selon l’OMS. Il reliait Ushuaïa, en Argentine, à l’archipel du Cap-Vert, au large de la côte ouest-africaine.
Une personne est hospitalisée à Johannesburg, une autre à Zurich (Suisse) et trois cas suspects ont donc été évacués du navire vers l’Europe.
Les personnes évacuées du navire sont, selon Ann Lindstrand, représentante de l’OMS au Cap-Vert, « tous trois dans un état stable et l’un d’eux est asymptomatique ».
Les deux membres d’équipage sont de nationalité britannique et néerlandaise.
Le troisième patient sera pris en charge aux Pays-Bas par les secours allemands pour être hospitalisée en Allemagne, ont indiqué les pompiers à l’AFP, évoquant un cas « contact asymptomatique ». La nationalité et le genre de ce cas contact n’ont pas été précisés.
Un autre passager du navire, dont le cas n’avait encore pas été évoqué jusqu’ici, est par ailleurs hospitalisé à Zurich pour une infection à l’hantavirus, selon le ministère suisse de la Santé. « Cet homme et son épouse revenaient d’un voyage en Amérique du Sud fin avril », a-t-il précisé.
L’hypothèse d’une infection en dehors du navire privilégiée
Le ministère n’a pas indiqué pendant quelle période cet homme de nationalité suisse se trouvait à bord du navire, mais il a ensuite précisé à l’AFP qu’il était « rentré en Suisse depuis Sainte-Hélène », île britannique de l’océan Atlantique où le bateau avait fait escale entre les 22 et 24 avril.
Battant pavillon néerlandais, le MV Hondius mouillait depuis dimanche près du port de Praia, la capitale cap-verdienne, avec 88 passagers et 59 membres d’équipage de 23 nationalités. Il a quitté mercredi sa zone de mouillage
À ce stade, l’OMS suppose qu’un ou plusieurs premiers cas « ont été infectés en dehors du navire » par le virus et qu’il y a eu ensuite « une transmission interhumaine », a déclaré Maria Van Kerkhove, qui dirige le département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l’OMS.
Davantage de cas en Argentine en 2026, mais « pas de foyer »
Le hantavirus est endémique dans certaines régions d’Argentine, avec davantage de cas cette année, mais sans « foyer » épidémique, et reste absent de la province patagonienne, la Terre de Feu, d’où est parti le navire de croisière affecté, le Hondius, soulignent autorités sanitaires et experts.
Selon le dernier bulletin épidémiologique du ministère argentin de la Santé cette semaine, 42 cas d’hantavirus ont été recensés depuis le début de l’année et 101 sur la campagne épidémiologique, qui court de juin à juin. À titre de comparaison, la saison 2024-2025 avait vu 57 cas recensés, 75 en 2023-2024, et 63 lors de la saison 2022-2023.
« Il n’y a rien d’atypique ni de particulier. En Argentine il y a des cas d’hantavirus tous les ans », a assuré à l’AFP Raul González Ittig, biologiste Conicet, l’équivalent argentin du CNRS, et auteur de plusieurs études sur le virus. « Ce ne sont pas des foyers, mais des cas isolés ».
Pour lui, l’augmentation des cas pourrait être liée au phénomène climatique El Niño, qui après trois années sèches « a apporté de fortes pluies, un plus grand développement de la végétation, qui constitue la nourriture de ces rongeurs réservoirs (du hantavirus). Il est donc très probable que l’abondance de ces rongeurs ait augmenté », a-t-il estimé.
La plupart des cas se situent dans la large province de Buenos Aires (centre), la plus peuplée, mais « le taux d’incidence le plus élevé correspond à la région Nord Ouest », avec 36 cas confirmés, dont 83 % concentrés dans la province de Salta, frontalière de la Bolivie et du Paraguay.
À 4,000 km plus au sud, la province de la Terre de Feu (Ushuaïa) « ne présente pas de hantavirus et n’a enregistré aucun cas depuis que cette maladie a été incluse parmi les phénomènes à déclaration obligatoire en 1996 », a réitéré mercredi le ministère de la Santé de la province.